‹ Don Juan d'Armana, drame en quatre actesChapitre 14 sur 59 · L ALCADE · texte numérisé non relu

L ALCADE

Salut à vous, don Juan.

Seigneur, je suis votre serviteur. Pourrais-je vous être agréable en quelque chose ?

l'alcade

J'aimerais à vous être redevable d'un service; car je vous sais généreux et obligeant. Mais celui que je voudrais vous rendre ne dépend que de vous-même.

Votre père est de mes plus anciens amis. Que ces relations encore si douces aujourd'hui à mon cœur et le grand âge sous lequel je plie m'autorisent à vous prévenir contre vos passions et servent d'excuse à l'intérêt que je vous exprime.

D'une bouche aussi respectable, tous les conseils doivent être bien reçus, et personne ne serait plus disposé que moi à les suivre. Mais qu'ai-je donc fait pour mériter de la part de votre seigneurie un zèle si charitable ?

l'alcade Porter le trouble dans les familles, détourner d'honnêtes filles de leurs devoirs, surprendre leur bonne foi, déposer dans des cœurs trop simples le germe de regrets éternels, jouer ainsi avec la vie de ses semblables quand ces semblables sont des femmes, c'est-à-dire les êtres les plus faibles de la nature, les séduire et les tromper, elles qui devraient être protégées, répandre ainsi de ville en ville, à travers toute l'Espagne, la désolation des âmes mille fois plus criminelle que celle qui suit la guerre, fléau de l'humanité; fouler aux pieds toutes les lois et braver Dieu luimême, n'est-ce rien, don Juan? et cela ne mériterait-il pas autre chose que des conseils?

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