ACTE 11, DEUXIÈME TABLEAU
Jeune fille, ne me brave pas. Tu es en mon pouvoir. Il ne s'agit pas de Dieu, ici, mais de mon amour. Mon amour te respecte. Mon orgueil pourrait te briser!
Quoi, belle Clara, est-ce donc là cette novice, si douce, si résignée, que le couvent devait former pour l'accorder à mes vœux?
DON A CLARA
Q u'entends-je ? Et que veut dire ceci?
Oui, j'avais le dessein de demander cette main cruelle pour la lier à la mienne d'un nœud que rien ne brise lorsqu'une barbarie, trop ordinaire aux parents, a livré l'objet de ma passion à cette prison odieuse qui s'appelle un couvent. Vous souvenezvous de cet instant? N'est-ce pas, noble Clara, qu'il n'était pas de votre aveu d'entrer en religion? — Trois fois. Dieu avait permis que vos beaux yeux se rencontrassent avec les miens et j'avais cru y lire la résignation et le regret avec quelque chose
68 DON J U AN d' ARM AN A
d'une espérance qui s'adressait à moi. Si je me suis abuse, si mon amour pour vous a aveuglé ma raison, si ces charmes qui m'enivraient ont, ce jour-là, dérouté ma clairvoyance, si j'étais fou, dites-le chère idole de ma vie !
D G N A CLARA
Je vous en prie, laissez mon àmc à la paix de la religion.
DON J u A N
Ce jour-là, Clara, je fis serment de vous arracher à ce cloître maudit, où un sort indigne allait vous dérober à mon amour. Ce serment je l'ai tenu, et, pour le tenir, j'ai foulé aux pieds tout ce que respectent les hommes. Un mot de vous armerait mon bras pour les plus grands crimes. O puissance de l'amour! Si j'ai péché, vous qui m'avez fait pécher, accusez-moi, condamnez-moi.
Seigneur, ayez pitié de ma faiblesse.