ACTE 1. SCHNE I
que nous portions jusque dans la tombe le poids des fautes de nos enfants et qu'une seule d'entre elles efface tous nos titres à l'estime des hommes et à la clémence de Dieu!
DON DIÈGUE
Nous entrons toujours pour quelque chose dans les actions de nos enfants. Près de nous, ils suivent nos exemples ; loin de nous ils deviennent ce qu'ils peuvent et n'ont jamais tous les torts. Mais ici, don Alphonse, ce n'est pas le cas. Vous avez fait votre devoir à l'égard de don Juan. Lorsque son glorieux père combattait pour le salut de l'Espagne, l'enfant, malheureusement, restait aux mains des femmes et peut-être d'un maître trop faible et trop disposé à tout céder à la naissance.
DON ALPHONSE
Vous me donnez des regrets, don Diègue. J'aurais dû, malgré sa jeunesse, l'exposer aux mêmes périls que moi pour fortifier et ennoblir son âme. Mais un père qui court la mort sur les champs de bataille peut-il y entraîner son enfant ?
Malgré tous les reproches que mérite sa conduite, je ne puis croire que le cœur de don Juan soit tout à fait pervers et que le mal soit sans remède.
DON Dl ÈGU E
11 faut être indulgent à la jeunesse. Don Juan est dans l'âge des plaisirs; un tempérament qui ne connaît point d'obstacles l'emporte au-delà de toute mesure. Mais sommes-nous responsables tout à fait du pouvoir que la nature nous donne de dépasser la raison ? Notre sagesse, il faut le reconnaître, est faite de vieillesse et d'impuissance ; et les folies de nos fils ont été plus ou moins les nôtres. Laissez se refroidir ce volcan d'où se répand la lave brûlante de votre propre sang : votre honneur n'a rien à craindre des excès d'un jeune homme et, avant qu'il soit longtemps, la satiété ramènera au foyer paternel, cet enfant si cher à votre tendresse.
DON ALPHONSE
Dieu vous entende, mon noble ami.
Vos paroles me raffermissent. Allons.