ACTE I. SCENE II
DON DIEGUE
La mêlée joyeuse de cette fête détournera vos pensées. La vue de l'homme heureux console l'homme affligé qui n'a point d'envie dans le cœur.
(Ils sortent.)
SCÈC^E II
La place publique s'apprête pour une fête. DON JUAN. — PERDRIGO.
DON JUAN, riant.
Ah ! le pauvre chevalier : quelle drôle de grimace il a fait en tombant
Ouf! il était temps! Seigneur! Qiiel métier vous me faites faire!
(Don Juan continue de rire. )
Monsieur: respectez au moins ceux que vous clouez sur le sol.
Dans d'aussi laides grimaces?
Peut-être les grimaces de la mort!
DON J U A N
Tu crois? J'en serais désolé. Pourquoi aurai-je tué cet imbécile? Il ne m'a offensé que dans mon caprice et je ne lui voulais pas tant de mal. Qiielle idée aussi de me disputer cette petite Rosette, qui pince si joliment de la guitare comme elle pince d'un cœur sous ses doigts de fée. La guitare est un affreux instrument. Eh bien, je te le dis, en vérité, Perdrigo, cette fille donnait à ce coffret de bois, une voix qui semblait venir du ciel. Et je l'écoutais, tout pensif. Elle m'a fait rêver, moi qui m'oublie rarement dans cet infini de la pensée : car il ravit de doux moments à l'amour et je n'ai pas un seul battement de cœur à perdre. Je suis si heureux de vivre !
ACTEIjSCùNElI 7
Le sang court léger dans mes veines et je me sens de force à lutter avec les lions. Comme eux, je me nourrirais de chair humaine. Mais il n'y a de chair humaine que celle d'une jolie fille. Allons à mon rendez-vous.
PERDRIGO
Ne pourrais-je retourner un instant auprès du pauvre chevalier que vous avez laissé couché dans la jardin de la posada? La charité chrétienne parle plus haut chez moi que la peur des alguazils.
Celui que ne retient pas seule la puissance de l'obstacle sera saisi par une main invisible et arrêté dans sa course.
Mais va, bon chrétien, va mettre quelque baume sur la blessure de ce laid chevalier. Aussi bien, pour faire l'amour, je n'ai pas grand besoin de ton assistance.
scÈc^E m
DOX JUAN, seul.
Le pauvre homme ! J'en ris encore. Et j'ai tort. Mais, pourquoi est-ii si laid ? Ce qui est laid me prête à rire ou à fuir. Je n'ai jamais pu me défendre de ce sentiment. Tout ce qui est laid devrait être supprimé. Le monde n'en serait-il pas plus habitable? O beauté! ne me cache jamais tes splendeurs. Découvre-m'en toujours de nouvelles et de plus enivrantes. Je suis ton amant le plus fidèle, et toute Puissance perd ses sujets à négliger leurs prières.
(Voyant passer deux dames au fond de la scène.)
O divinité! Tu exauces mes vœux. Voici bien la plus jolie fille de l'Espagne...
(Il va pour se mettre à leur poursuite. Il est arrêté par deux autres dames qui le croisent,)