LE DUC
Et, tiens, regarde-les. Voici Biancina.
Heureux don Juan ! Couple admirable: la force et la beauté ! Ma jeunesse se réveille à la pensée de vivre entre ces deux êtres si rares et si aimés. Car ils ne me quittent pas, ami, le savais-tu ?
BIANCINA
Mon cher et vénéré père, vos enfants ne vous quitteront jamais, (à Valr'mo.) C'est encore un des traits de la noble nature de don Juan. Quel autre amant eût consenti à un tel sacrifice?
VALRINO, à part.
Ce qu'on cède facilement, doit coûter peu de chose.
Biancina cl don Juan se prennent par le bras et se pro-
ACTElIljSCtNEIV 87
mènent en causant. Ils échangent de tendres baisers. Le duc et Valrino s'clùigncnt.
BIANCINA
Et cela durera toute la vie?
Toute la vie.
BIANCINA
Béni soit Dieu qui nous fit naître pour réunir nos cœurs.
Cœurs à jamais épris, à jamais dévoués. O les beaux jours qui se préparent, aussi nombreux que les étoiles du ciel argenté sous les rayons de l'astre favorable aux mystères de l'amour.
BIANCINA
Aussi nombreux que les élans de mon âme, enchaînée au maître de ma vie.
Obéis-lui donc à ce maître qui n'est que
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ton esclave. N'attendons pas l'heure que les hommes ont fixe pour notre bonheur. Il n'y a plus dans le monde que deux êtres : Biancina et don Juan.
O mon seigneur, qui demain sera mon époux, faut-il donc vous accorder, comme un vol fait au devoir, ce que je ne saurais vous refuser ensuite sans y manquer?
DON j u A N
Oui, ma chère âme. Car j'en perds la raison. Je ne puis me sentir loin de toi un seul instant. Toutes les années que j'ai vécues me paraîtraient moins longues que cette nuit d'attente, si tu ne consentais à l'abréger en me recevant tout à l'heure comme ton époux.
BIANCINA
Craignez de corrompre mon coeur à le convaincre de cette action. Tous les traits de mon visage en trahiraient la honte.
Non, don Juan, ne me demandez pas cela.
ACTEIIIjSCÈNElV 89
DON JUAN, ïa serrant dans ses bras.
O langage des hommes, aussi imparfait que nos autres ouvrages, pourras-tu jamais dire les choses brûlantes qui, de mon sang courent au sien ? Ne sens-tu pas le prix de l'abandon que mon ardeur réclame de ton amour? O douce volupté de l'amour volontaire, de celui qui ne doit rien qu'à la flamme de nos sens. (Plus bas.)
Y a-t-il d'autre amour que celui que nous dérobons au devoir, à la raison, à l'honneur et à V envie } (Hu ut.) Soyons heureux, Biancina, et cette nuit, et demain, et toujours. A minuit, ma tendre femme, à minuit (à part) heure où le bien et le mal, l'être et le néant se confondent ; — (haut) j'apparaîtrai auprès de toi,
(Il la tient plus près de lui, pose ses lèvres sur les siennes.)
BIANCINA, 5<? détachant toute tremblante. Don Juan ! Je t'appartiens,
(Elle se sauve et le laisse seul.)
scè:K£ y
PERDRIGO. — DON JUAN.
DON JUAN, à Perdrigo entranl.
Tu arrives à propos.
PERDRIGO
Vous avez l'air heureux.
Je jouis par avance du bonheur promis.
Il est vrai que Morella...
PERDRIGO
Quoi, c'est cette duègne qui vous échauffe ainsi...
N'en médis pas. C'est elle qui a arrangé mon mariage. Mais rassure-toi. Cette duègne, comme tu l'appelles, n'est que le hors-d'œuvre des jouissances que je dois goûter auprès de Biancina.