ACTE III; TABLEAU II, SCÈNE I
DEUXIEME TABLEAU
La scène rcpvcsculc une vaste salle à jour sur laquelle s'ouvrent d'autres salles plus petites oh se font de grands préparatifs de fête. On va et on vient. On dresse des tables.
PIARI, aux gens de service.
Allons, que chacun se presse à sa tâche. Voici le grand jour ! Jour de bataille pour nous autres gens de service, agents méconnus des plaisirs des grands. Nous veillons et peinons tandis qu'ils sommeillent encore, bercés par la fortune.
(Il met lui-incnic la main à Vouvrage.)
Humiliante et ingrate tâche : préparer des fêtes dont on ne sera jamais, dresser des festins dont on n'aura que les souil-
98 DON JUAN d' ARM AN A
lures. Il est un moment cependant où le parfum d'une fête est doux à respirer et nous jouissons de ces senteurs étranges dont de plus misérables que nous ne peuvent pas même soupçonner l'existence !
Et quand cette fête est une noce, et la noce d'une grande dame avec un brillant seigneur, le plus brillant peut-être et aussi le plus mauvais sujet de toutes les Espagnes ; alors, je ne sais pourquoi, la tâche me semble agréable et légère : Je me sens de la fête et j'en prends large part. L'idée de l'amour donne des ailes aux choses, et la scélératesse des grands nous met à l'aise.
(A des serviteurs trop hru\anti.)
Un peu moins de bruit, garçons. Pour le prix que nous leur faisons payer nos services, les maîtres ont le droit d'être respectés jusque dans leur sommeil.
Ah ! seigneur don Juan, s'il fallait prendre votre place, c'est moi qui ne me ferais pas prier!