ACTE I , SCENE V IJ
DON PASQUAL, croisant le fer avec don Juan et se tournant vers dona Sahele.
Voilà où nous peut conduire la résistance d'une femme. Malheur à ceux qui accrochent leur vie à un jupon.
Le courage ne bavarde pas tant. Pare donc cette botte, monsieur le ravisseur.
(Il le blesse le comlmt continue.)
DON PASQUAL
Ah ! Sahële ! C'est pour vous que jesouffre. Mais ce fer refroidit moins mon sang que la glace mortelle de votre indifférence. (A don Juan.) Et toi, monstre de séduction, Satan enragé, crois-tu mon bras si énervé? Ce n'est pas de la main d'un scélérat tel que toi que je recevrai la mort.
DON JUAN, touché.
Une piqûre. — J'enrage.
(Il fond avec plus de vigueur sur don Pasqual qui tombe.)
DON A SAHËLE, se précipitant sur don Pasqual.
Mon ami, pardonnez-moi. Mon cœur aurait dû s'attendrir à une passion si sincère.
DON PASQUAL
J'étouffe. Faites-moi transporter dans cette habitation.
Sahële, ma vie était à vous, c'est pour vous que je meurs. Mais c'est mourir deux fois que de vous laisser à un autre.
Horreur et blasphème! A qui donc appartiendrais-je désormais? A ton meurtrier crois-tu?
(^ T>on Juan.)
Vil assassin, qui t'avait donné le droit de me défendre? Etais-je ta maîtresse?
Mes affaires étaient-elles les tiennes ? Don Pasqual obéissait à l'impétuosité de son caractère. Son aveugle passion avait fait violence à ma volonté. Mais il m'aimait. Vas-tu me dire que tu m'aimes, comme ta langue menteuse le dit à toutes les femmes ?
ACTEI, SCENE V I9
^ Penses-tu que je sois capable de le croire ? Le penses-tu ?
Madame, calmez votre folie ! C'est une étrange comédie que de voir au désespoir d'être vengée la femme outragée qui tout à l'heure appelait la mort sur la tête de son ravisseur. O nature humaine ! Qiiels sont donc tes secrets !
(Deux hommes paraissent cl eiiipcrtenl Doit Pasqua!.) PERD RI GO, jrrmmt essouffle.
Ciel ! Un homme qu'on emporte ! Encore un coup de mon maître! — (A don Juan.) Monsieur, l'autre va mieux et s'en tirera avant six mois.
C'est bien. Cours maintenant soigner celui-ci et laisse-nous.
DONA SAHËLE, à don PLisquiil qui disparait dans la maison voisine.
Va, noble ami, tu seras vengé. Ton crime était de m'aimer, fût-ce au mépris
de toutes les lois : Mon honneur sera de garder éternellement ta mémoire. A partir de ce jour sanglant et inoubliable je prends ton deuil pour ne le quitter jamais. Tous les hommes me deviennent odieux. Ton nom seul échappera à la réprobation d'un cœur inondé d'amertume.
Pourquoi tenir pour mort votre noble amant ?
Mon amant?
Ses blessures sont peut-être guérissables et avant longtemps sans doute vous pourrez donner un libre cours aux sentiments d'amour qui viennent d'éclore en votre âme. Faut-il m'assurer par moi-même de l'état de don Pasqual ?
Ah ! n'allez pas souiller ces lieux de votre présence. Laissez mourir en paix votre victime.