‹ Don Juan de MañaraChapitre 43 sur 95 · ACTE H · texte numérisé non relu

ACTE H

DON JUAN, prenant né^jligoinnient son opéo qui est appuyée contre la chaise.

Oui. je l'ose, Parce que je prétends que cet homme est ma chose Et qu'y vouloir toucher c'est ternir mon blason ; Que, vengeur de ma dame, et chef en sa maison, Je suis celui qui peut et veut agir en maître. Le criminel, c'est moi... qui seul dois le connaître. Seul, le punir, comme il me plaît, quand il me plaît ; Sa vie, elle est à moi, je me la garde : elle est Le plus cher de mes biens, l'unique auquel je tienne. Et, si quelque imprudent veut me Tôler, qu'il vienne ! Mais sachez bien d'abord que je la défendrai. Comme la mienne, aussi longtemps que je vivrai, Et que pour avoir l'une il faudra prendre l'autre !

DON MIGUEL

Il est votre ennemi, don Juan?

Plus que le vôtre !

DON MIGUEL

Don Juan, vous le jurez?

Par la Vierge et les saints!

Je jure que je hais ce roi des spadassins, Ce bandit, ce larron d'honneur, tueur de femmes, Tueur de vieux, sinistre entre les plus infâmes, Qui me torture, et m'a torturé, le bourreau !

Levant son épée.

Et vienne l'heure où tu sortiras du fourreau. Toi, pour me délivrer enfin du gueux funeste. Funeste à moi, funeste à tous, comme la peste,

Car il m'a fait saigner par la douleur d'autrui, Et si je hais quelqu'un sur la terre, c'est lui !

Il jette son épée du côté de la porte. Pendant ce dialogue, le moine continue à faire le tour des tables, ramassant à terre des vivres qu'il met dans sa besace.

LE FRANCISCAIN, à part.

Lui-même... Grâce au ciel, j'arrive juste à l'heure.

Il se dirige vers la porte.

DON LUIS, à don Gaspar.

Le temps est à Forage.

RELISE

Ils sont gais.

POMME d'ÈVE.

Moi, j'en pleure

DON JUAN, au moine.

Tu nous quittes, le moine ?... As-tu bien entendu?

LE FRANCISCAIN, montrant sa besace.

Je ramassais, et tout ne sera pas perdu.

Il va vers la porte.

Eh, frère! Écoute encor !... Si quelqu'un te vient dire

Qu'ici-bas tout est mal et va de mal en pire ;

Qu'un Dieu qui permet tout n'a jamais existé;

Que ton âme immortelle est une vanité,

Car tu n'es comme moi qu'un misérable insecte;

Qu'il y a des vertus en dehors de ta secte;

Que Dieu le père, étant la cause de l'effet.

Ne peut pas me punir d'être tel qu'il m'a fait :

Si quelqu'un dit cela, c'est un énergumène

Qui trouble la santé de la sottise humaine.

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