Première partie. — Aete second. 5g
PASCUAL
Par la Vierge del Pilar, le craignez-vous ?
DON LUIS
Non ! Dieu l'atteste ! Mais cet homme mène avec lui quelque diable familier.
PASCUAL
Pour cela, soyez-en sûr.
DON LUIS
Oh! mon inquiétude est telle, que je ne m'en fie plus à moi-même, avec un homme aussi audacieux.
PASCUAL
Je vous jure, moi, par Saint-Ginés, qu'avec toute son audace, un Aragonais a de quoi, sur ma vie, lui faire mauvais quartier; nous verrons bien.
DON LUIS
Ah! Pascual, comme tu ignores ce que tu entreprends-là !
Je me suis vu dans de plus graves périls et n'en suis pas sorti mal.
6o Don Juan Tenorio.
Il se fonde sur le peu de temps qui reste pour se retourner, et sur ce qu'il est ce qu'il est.
PASCUAL
Et puis sur ce qu'un bon Aragonais ne saurait valoir un Tenorio... Tous ces insolents, spadassins de métier, ne sont que façade, et capables que de peu d'énergie. Ils ont une langue pour déshonorer les femmes, et des mains pour insulter les vieillards ou bâtonner les marchands. Mais quand une bonne épée, agitée par un bon bras, les convie à la mort, toute leur valeur tombe à rien. Leurs entreprises et leurs tapages se réduisent, tous tant qu'ils sont, à mal parler des filles et à fuir devant les patrouilles.
Pascual !
Je ne dis pas cela pour vous, car bien que vous soyez une tête folle, vous gardez une âme droite et vous vous battez bien, je l'atteste!
DON LUIS
Mais si la valeur chez moi est si notoire, remarque, Pascual, qu'elle est proverbiale dans la famille des Tenorio. Et c'est parce que je con