Première partie. — Acte quatrième
Je suis de la même opinion. Mais, voyons, je dois vous avertir que c'est vous qui l'avez perdu.
DON LUIS
C'est bien pourquoi je vous l'ai apporté ; mais je ne crois pas qu'un caballero doive jamais mourir, quand il porte épée à la ceinture, comme un mouton marqué par son maître pour l'abattoir.
Et moi je ne crois pas que vous ayez jamais, trouvé jour à me faire prendre pour un boucher de profession.
DON LUIS
D'aucune façon; et vous voyez bien, puisque je viens vous chercher, que je dois me fier beaucoup à vous.
Pas plus que vous ne le pouvez. El pour vous mieux montrer ma générosité de gentilhomme, dites-moi, Mejia, si je puis encore satisfaire v.otre honneur. C'est loyalement que je vous ai gagné le pari ; mais s'il vous a piqué tellement au vif, voyez si vous y découvrez quelque remède, et je l'appliquerai.
DON LUIS
Il n'y en a pas d'autre que celui que je vous ai proposé, Don Juan. Vous m'avez chargé
de liens, vous Êtes entré d'assaut dans la maison en usurpant ma place ; et puisque c'est ma place que vous avez prise pour triompher de Dona Ana, ce n'est pas vous, Don Juan, qui avez gagné, car vous jouiez pour un autre.
Ce sont ruses de joueur.
DON LUIS
Eh bien! Je ne veux pas vous les passer, et au lieu d'elles, prenons maintenant le cœur même pour enjeu.
Vous le hasardez donc comme revanche de Dona Ana de Pantoja?
DON LUIS
Oui ; et tout retard m'irrite pour laver une tache si affreuse. Don Juan, je l'aimais, moi, vraiment ; mais par ce que vous avez entrepris, vous l'avez rendue impossible à vous comme à moi.
Pourquoi l'avez-vous mise en jeu, alors ?
DON LUIS
Parce que je ne pouvais penser que vous pussiez la gagner. Et... Mais par saint André, allons nous battre, car ceci m'impatiente.