RÉPONSE DE LOPE DE VEGA SONNET
Puisqu'en ton absurde erreur tu expires, Je plonge en canard pour ne pas te voir, O ! cygne écervelé qui dans la mort Veut chanter... et par derrière respire.
Grâce aux visions qu'arrivé, tu contemples, Au passage fatal, dont tu t'amuses,
Str. II, 2. Tourbe profane : fouie peu cultivée et non initiée. Nous traduisons par profane le mot lego qui était à cette époque une des épithètes dépréciatives les plus fréquemment employées à l'adresse des non-cultistes.
Tercet I, z. Doctes : en espagnol, cultos. Ce sonnet contient donc, à côté du mot cultot et s' opposant à lui, les quatre dénominations consacrées de patos (canards), castellanos , llanos et legos.
V. 2. Nous lisons «écoutent» (escuchan). Certaines éditions présentent la leçon « attendent » (esperan ) .
Tercet II. N'efface plus : c'est-à-dire, n'efface plus au lieu d'écrire, ne brouille plus, ne salisse plus le papier au lieu de l'illustrer. On ne saurait s'exprimer en un style plus concentré et plus ironique.
POÈMES DE DON LUIS DE GÓNGORA
Ton déjà bienheureux esprit te pousse A délirer en vers macaroniques.
Frères, tourbe profane, immergez-vous!... — Venez d'Anton Martin : déjà vous guette Un cadavre vivant de ses vers froids.
Le crâne encor ne s'est point refermé Chez le parrain des cultistes folies :
Suppliez Dieu qu'il meure avec sa langue.
SONNET
En cet occidental déclin, o ! Licius, En ce climatérique espace de ma vie, Tout pied mal affermi est cause d'une chute, Toute chute est aisée et mène au précipice.
Tercet II, 1. Lope de Vega, qui représentait Gongora comme plongé déjà dans une niaise béatitude séniie (Str. II), insinue à présent qu'il n'est jamais sorti de l'enfance, ce qui explique le peu de jugement dent — à son avis — il fait preuve.
Tercet II, 3. Avec la langue qu'il a inventée.
Str. I. L'argument se rapporte au moment où Góngora se trouvait au seuii de sa soixante-troisième année, qui est l'une de celles portant le nom de « eîimatériques » et celle que Ton considère' comme ia plus dangereuse. Le poète se parle à lui-même sous le nom supposé de Licius, en se persuadant de la nécessité d'amender sa vie éclairée par les avis du péril prochain (S. C).
Salcedo Coronel expose, à cette occasion, la théorie des années eîimatériques, dont les unes correspondent au nombre de sept et de ses multiples (hebdomáticos ou climatéricos) et
Nos pas faiblissent-ils ? Éclaire-toi, pensée ! La terre, unie encor, se désagrège-t-elle ? Quelle prudence, par la poussière avertie, Attendit que tombât en ruines • l'édifice ?
Ce n'est pas seulement la peau, dont se dépouille
Le serpent venimeux, mais des ans avec elle ;
Et l'homme ne le peut (aveugle course humaine !)
Il est heureux, celui qui, la lourde partie Abandonnée enfin sous la pierre muette, Accorde la légère au saphir souverain.
SONNET
Moins sollicita, rapide, la flèche, Le but marqué qu'elle mordit aiguë ; Plus silencieux ne contourna la borne Char olympique en l'arène muette,
Que hâtive, que secrète ne court Au terme notre vie. A qui en doute,
les autres, au nombre de neuf et de ses multiples (enneátkos ou decretónos). Il cite une série de références tirées des auteurs anciens. La signification particulièrement inquiétante du nombre soixante-trois provient de ce qu'il appartient à la fois aux multiples de sept et à ceux de neuf.
Str. II. Tout soleil répété devient comète. Pour celui qui ne s'est pas rendu compte de la brièveté extrême de l'existence, pour celui qui ne conforme pas sa vie aux avertissements que nous devons tirer de cette vérité, chaque soleil qui se lève aggrave le danger qui le menace et devient, tel qu'une inquiétante comète, présage de malheurs terribles.
POÈMES DE DON LUIS DE GÓNGORA
— Comme un fauve, de raison dénué — Tout soleil répété devient comète.
Carthage l'avoue, et toi, tu l'ignores ?
Tu t'exposes, Licius, si tu t'obstines,
A suivre une ombre, à êtreindre un mirage.
Toi-même, ne t'épargneront les heures, Les heures qui s'en vont limant les jours, Les jours qui, peu à peu, rongent les ans.