‹ Don Luis de Góngora y ArgoteChapitre 28 sur 49 · V. 8. Elle : la crainte · texte numérisé non relu

V. 8. Elle : la crainte

Si même c'est à lui que sa déité honorée

Doit la reconnaissance du sommeil respecté.

A l'absence mille fois offerte,

Cet indice de courtoisie non minime

La laissa, quoique statue gelée,

Plus discursive et moins troublée.

Ce n'est pas au Cyclope, non, qu'elle attribue l'offrande ; Ce n'est pas à un satyre lascif ni à un autre horrible Habitant des forêts auquel le sommeil Ferait tomber la bride que relâcha le désir : Le dieu-enfant, alors, aux yeux bandés, Veut qu'à l'arbre de sa mère soit Glorieuse ostentation, hautain triomphe Le dédain, jusqu'à ce jour, de Galatée.

Entre les branches du myrte élevé

Qui se baigne le plus profondément dans le ruisseau,

Il fit sa blanche poitrine, d'un dard doré,

Pharêtre de cristal, sinon carquois ;

Le monstre de rigueur, le fauve farouche

Regarde déjà l'offrande avec plus d'attention

XXIX, v. 5 : faisant mille fois un effort pour s'éloigner.

V. 8. Plus discursive : plus capable de réfléchir, si même, comme le dit le vers précédent, elle était incapable de se mouvoir.

XXX, v. 5-8. L'Amour veut que le dédain de Galatée, enfin vaincu, soit pendu comme un hautain triomphe à l'arbre de Vénus, c'est-à-dire au myrte qui lui était consacré.

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Et regrette même que, pour son maître dévot, Soit encore un geôlier confus le vert bosquet.

Elle l'appellerait, bien que muette, mais elle ne sait Articuler le nom qu'elle voudrait le plus ; Elle ne Ta point vu non plus, si même un pinceau cares- L'a esquissé déjà en sa fantaisie ; [sant, Au pied, qui déjà n'est plus de crainte aussi lourd, Elle confie son dessein et, timide, dans l'ombreux Lit de camp et champ de bataille, elle trouve, Simulant le sommeil, Pastcuieux éphèbe.

Elle l'aperçoit, et croyant qu'il est endormi,

Appuyée sur un pied, elle reste suspendue,

Urbaine au sommeil, barbare au menteur silence

Rhétorique qu'elle ne comprend pas.

Pas même l'oiseau royal ne domine ainsi, immobile,

L'âpre nid, avant de tomber,

Foudre ailée, sur le jeune milan

Que le plus haut sommet abrite d'un écueil,

Comme le fait la nymphe superbe luttant De courtoisie avec l'éphèbe endormi ;

XXXI, v. 7-8. Galatée regrette que le maître de cette offrande, dévot à son culte, reste plus longtemps caché dans la confusion du bois qui le garde comme un geôlier.

XXXIII, v. 3 : Pleine d'égards pour le sommeil du jeune homme et d'hostilité pour son silence rhétorique dont la trompeuse apparence l'empêche de comprendre l'éloquence muette.

V. 8. Que le plus haut sommet d'un écueil abrite. ============== 109 -

Elle, qui non seulement s'arrête, mais voudrait rendre

Muet le doux fracas du tardif ruisseau,

Lorsqu'en dépit, tout à coup, des branches, elle voit

Peinte Pébauche que déjà Cupidon

Avait en son imagination esquissée

Avec le pinceau qu'il lui planta dans le sein,

En un lieu plus propice, attentive elle contemple,

En son dessin viril, ce que,

Si pour sa suavité elle ne l'admire,

Il faut qu'elle l'admire pour sa beauté.

Du soleil à son déclin aspire

Aux rayons confus sa chevelure ;

Fleurs est le duvet de sa lèvre, dont les couleurs,

En la lumière qui dort, fleurs se nient.

En la rustique crinière git occulte, L'aspic, de l'intonse pré amène,

XXXV, v. 1-3. Galatée contemple la bouche au dessin viril. Si elle ne peut l'admirer selon ses vœux pour la suavité de ses paroles, elle ne peut s'empêcher de l'admirer pour la beauté de ses lignes.

V. 5-6. Sa chevelure aspire à égaler les rayons confus du soleil à son déclin ; elle est comme une ombre indistincte, un halo vaporeux, que vient dorer de ses reflets le soleil couchant.

V. 6-8. Les nuances de la fleur légère qui borde sa lèvre se distinguent à peine, de même que les nuances des flsurs s'anéantissent quand l'éclat du soleil s'endort. D'après Salcedo Coronel, « en la lumière qui dort » (ou : puisque la lumière...) dépeint les yeux fermés d'Acis et les effets qui résultent de ce crépuscule.

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Plutôt que du jardin peigné et cultivé Dans le sein caressant et délicat.

Sur la virilité, répand, de son visage, Amour, ce qu'il est de plus doux en son venin. Galatée le boit et fait un pas de plus Pour épuiser, à la coupe, le poison.

Acis, plus encore que ne le concède

Le viseur du sommeil vigilant

— Que troublée soit la nymphe ou surprise —

Est toujours un Argus attentif à son visage,

Lynx pénétrant de ce qu'elle pense

(Que la ceigne le bronze ou l'emmure diamant)

Car, en ses Palladiums, Amour aveugle,

Sans rompre des remparts, introduit le feu.

Le sommeil de ses membres secoué,

Gracieux et fort, le jeune homme ostente sa stature

Et, à Pivoire aussitôt de ses pieds rendu,

De baiser le cothurne il s'efforce doré.

Moins dangereuse est, pour le marin,

La foudre attendue ; moins le trouble,

Déjà vue, la tempête, ou pronostiquée.

Que Galatée le dise, assaillie !

XXXVII, v. 7-8. En ses Palladiums, fait allusion en ce cas au cheval de Troie (sensément consacré à Pallas en dédommagement du voide sa statue) et qui, une fois introduit dans la ville, permit aux Grecs de l'incendier et de la détruire.

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Plus affable et moins ombrageuse,

Elle relève Pheureux jeune homme,

Douce, lui concédant déjà, souriante,

Non plus la paix du sommeil, mais une trêve pour le

La concavité d'une roche, à un trône [repos.

De fraîcheur faisait un dais ombreux

Et des lierres escaladant des troncs, embrassant

Des rochers, formaient de vertes jalousies.

Sur un tapis dont imiterait en vain

Le Syrien les nuances — il était fait

De toutes les soies que le Printemps

Avait filées, ver, et tissées, artisan — ils s'étaient couchés,

Lorsque, sur le myrte le plus verdoyant,

Un couple de lascives, et pourtant légères

Colombes se posa, dont les gémissements,

Trompes d'Amour, émeuvent leur ouïe.

Le rauque roucoulement anime le jeune homme ;

Mais avec des détours suaves, Galatée,

Pose des bornes à son audace

Ainsi qu'au triomphe harmonieux des oiseaux.

Entre les ondes et les fruits, Acis imite

Celui qui toujours jeûne en de lourdes souffrances,

XL, v. 6-7. Un couple de colombes dont la lascive ardeur n'avait pas alourdi les ailes.

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Car, en un si grand bonheur, c'est un long enfer Qu'un fugitif cristal et des fruits de neige.

Cupidon n'avait pas encore concédé aux colombes De joindre de leurs becs les deux rubis, Lorsqu'à l'œillet, le jeune homme audacieux Suce les deux pétales carminés.

Tout ce que fait fleurir Paphos, tout ce qu'engendre De noires violettes, de blanches giroflées, [Cnide Pleut sur la couche dont Amour veut qu'elle soit déjà Le lit nuptial d'Acis et de Galatée.

Son haleine fumée, ses hennissements feu, Quoique son frein écumes, Ethon illuminait Les colonnes qu'érigea le Grec Au lieu où le char de la lumière baigne ses roues, Lorsque, aveugle d'amour, le farouche géant Opprima la nuque d'une roche audacieuse Qui, pour la plage non dénudée d'écueils, Est phare aveugle et vigie muette.

Arbitre des montagnes et du rivage, Aux pipeaux que la cire assembla,

XLII, v. 3-4. La bouche de Galatée est comparée à un œillet dont Acis baise avidement les deux pétales rouges.

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