‹ Don Luis de Góngora y ArgoteChapitre 37 sur 49 · LA HALTE AU REPOS DES BOUVIERS (V · texte numérisé non relu

LA HALTE AU REPOS DES BOUVIERS (V

Un cercle spacieux offrait un centre paisible A de plus nombreux chemins

— Les uns de peupliers blancs, les autres d'aunes ( 1 ) —

Qu'une étoile n'a de rayons,

En un endroit où le printemps,

Chaussé d'avrils et vêtu de mais,

Tire des étincelles d'eau cristalline

D'une fontaine de pierre bordée de narcisses (2).

Ce centre servait de but ombreux Au vacher voisin,

(1) Salcedo Coronel construit à tort : « un cercle spacieux de peupliers et d'aunes ». Notre interprétation est d'accord avec celle de Dámaso Alonso.

(2) Littéralement : « Tire des étincelles de cristal ondoyant d'un silex bordé de narcisses ». Salcedo Coronel explique comme suit ce passage, auquel il accorde un sens métaphorique : « Il veut dire qu'ils arrivèrent auprès d'une source qui naissait dans un rocher garni de fleurs... Don Luis dit donc que le printemps tira des étincelles de cristal d'un silex parce qu'il cachait cette humeur dans ses entrailles et parce qu'il ne jaillissait qu'au printemps. »

De terme délicieux

A celui qui venait de loin,

Au point même, où, plus fatigué encore

Que le voyageur,

Venait aboutir le chemin.

Au murmure s'ébattent cristallin,

Assoiffées, les montagnardes,

Ainsi que de simples cailles

A l'appeau du tendeur qui imite leur voix

Et qui dissimule, vert,

Dans la moisson encore sans épis, le filet.

Le montagnard, cependant, reste insensible au charme merveilleux de cet asile, où le moindre rameau des peupliers se vêt de feuilles musiciennes. Les ruisselets qui s'échappent de la fontaine lui rappellent, en un souvenir poignant, les ondes de la mer et la perte de son fils aimé.

Les groupes d'hommes et de femmes, marchant d'un pas inégal, se dépassent et se rejoignent. Les femmes atteignent enfin le village illuminé à l'occasion des noces qui devaient avoir lieu le lendemain.

Page 1