‹ Don Luis de Góngora y ArgoteChapitre 38 sur 49 · FÊTE NOCTURNE (V · texte numérisé non relu

FÊTE NOCTURNE (V

Elles atteignirent alors le groupe

De montagnards à la lente marche (1)

Et, se séparant en cet endroit,

Elles arrivèrent au village, à la faveur

( 1 ) Dont la marche était ralentie par les cadeaux de noce qu'ils portaient au village.

POÈMES DE DON LUIS DE GÓNGORA

De la lumière que le jour céda

Au volcan sacré de feu errant,

A la tour, de flambeaux couronnée,

Illuminant l'église (i),

La tour, qui dans l'air impondérable,

Exhale, par un artifice,

De lumineuses flèches de poudre,

Non de pourpres comètes (2).

Le jeune homme exalte les feux d'artifice,

Tandis que le vieillard blâme l'emploi

De tant de torches au dieu des noces,

Craignant que l'une d'elles

Ne soit de Phaéton le char embrasé,

Et que, misérablement,

Champ ne s'éveille de cendres, stérile,

Ce qui s'était endormi village.

Son hôte le conduisit ensuite

Auprès des arbres d'Alcide qui, non loin de là (3),

Nattaient leur verte chevelure (4)

A toutes les lueurs qu'offrait le feu,

A tous les miroirs que donnait le ruisseau (5).

(1) C'est la tour que l'on a choisie pour illuminer l'église (ilustrar f dans son sens premier étymologique, ce qui est du cultisme) et pour en faire le centre du feu d'artifice.

(2) D3S fusées qui célèbrent d'heureux événements et non de pourpres comètes annonciatrices de malheurs.

(3) Les peupliers blancs, consacrés à Hercule.

(4) Allusion aux sœurs de Phaéton, qui furent converties en peupliers, au bord même du fleuve Eridan où tomba le jeune audacieux qu'elles pleurent.

(5) Elles nattaient leur verte chevelure, secouaient et nouaient leurs longues tresses mouvantes à la faveur de toutes

Tant de jeunes gens robustes,

Tant de bergères se pressent entre les peupliers,

Que le soleil abrégerait en une étoile,

Pour voir la moins belle d'entre elles,

Tous les rayons que salue le bengalais (i),

Cygne aduste du Gange (2).

La musette entraîne au plaisir du bal,

Le psaltérion incite à chanter ;

Le Trion le plus fixe parcourt Phémisphère (3)

Et Parbre le plus grand danse sur la rive ;

Il n'est point de silence

Auquel ne réponde aussitôt

les lueurs qu'offrait l'irradiation subite et capricieuse des fusées, se mirant à tous les miroirs que formait chaque onde du ruisseau éclairée par l'embrasement.

(1) Ses rayons les plus lumineux, tels qu'ils resplendissent dans la brûlante région orientale où il se lève, c'est-à-dire, par métonymie, l'astre tout entier au moment de sa magnificence la plus parfaite.

A propos du mot salue, Salcedo Coronel fait remarquer que Góngora a peut-être pensé à la coutume des clients romains de venir saluer leur protecteur à l'aurore pour lui rendre un hommage qui pourrait également s'appliquer, pense-t-il, aux rites d'adorateurs du soleil, tels que les gymnosophistes indous.

(2) L'image du cygne est amenée par l'allusion à Phaéton (Cycnus son ami et parent ayant été converti en cygne) et par la vision du fleuve sur les bords duquel vivent les habitants du Bengale. Aduste fait allusion à leur teint sombre, en opposition avec la blancheur du cygne occidental.

(3) Le Trion le plus fixe : l'étoile la plus fixe de la constellation de la petite Ourse, ou Septentrio (les sept bœufs de labour), qui ne descend pas vers l'océan et ne se cache pas dans ses ondes. Incité par l'animation extraordinaire du bal, cet astre, échappant aux lois qui le régissent, veut, lui aussi, parcourir le ciel et danser.

====== POÈMES DE DON LUIS DE GÓNGORA

L'écho, qui répète à présent la parole entière (i) ; Fanal est chaque onde du ruisseau :

Lumière le reflet, et vitrail les eaux (2).

Le sommeil accorde un terme au plaisir,

Mais non à la fatigue, car le mouvement

Est un bourreau des forces,

Quand il se prolonge trop (3).

Les feux d'artifice — dont les langues par centaines

Démentirent la nuit pendant quelques heures,

Dont les splendeurs, émules du Soleil,

Imitèrent le jour en la ténèbre obscure, —

Moururent, ensevelis en eux-mêmes,

Tandis que leurs membres, réduits en cendres,

Sont les pierres de leur propre sépulture.

La nuit l'emporte enfin, et muet, le silence, Éphémère pourtant, triomphe du bruit.

Seul, se perçoit par moments le gémissement des arbres abattus dont, le lendemain, les villageois orneront leur village. Au lever du soleil, le montagnard pénètre dans le bourg avec son hôte, qui admire le tapis tissé par les

(1) L'écho occupe les rares moments de silence, il ne les remplit point, comme jadis, en répétant la dernière syllabe mais en redisant la parole entière, tant est intense la sonorité de la musique et des chants et tant la nature entière participe à la joie du bal.

(2) Chaque onde du ruisseau, touchée par l'embrasement lumineux, semble un fanal, le reflet qu'elles renvoient en étant la lumière, et l'eau étant la verrière qui l'entoure.

(3 ) Nous lisons : « Que el movimiento verdugo de las fuerzas es, prolijo », ce dernier mot se rapportant à movimiento.

riches frondaisons des allées ainsi que les arcades de roses, élevées, comme de nouveaux jardins suspendusy au-dessus des chemins spacieux. Cest à ce moment que nous est présentée la fiancée, dont V auteur évoque le portrait en quelques touches d'une exquise délicatesse.

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