LA FIANCÉE
Le montagnard présente alors l'étranger
Au gracieux fiancé, puis au vénérable père
De celle qui, splendide, en elle se dérobe
Avec une douce sévérité, beauté éloquente
Qui montre, en un silence affable,
Une grâce muette ;
Telle, du vert bouton frisé
Où abrège sa splendeur la rose virginale,
Vient franger les découpures
Une nuance qui concède, pudique,
En la laissant deviner,
La pourpre qu'elle cache.
La vue de cette jeune fille, qu'il juge digne d'épouser un homme de haute naissance, le ramène au souvenir poignant de ses propres déceptions amoureuses. Sa douleur est telle qu'il l'eût manifestée par des larmes, si, à ce moment, n'étaient arrivés deux joyeux chœurs de vierges et d'éphèbes précédés de chalumeaux et d'autres instruments rustiques.
POÈMES DE DON LUIS DE GÓNGORA