DEUXIÈME SOLITUDE
Il est un endroit, sur la côte, où la mer s'avance dans le lit étroit d'un ruisseau qui, se hâtant lui-même vers ses ondes, s'anéantit en leur immensité comme le papillon dans la flamme.
Démantelant les murs de sable, l'océan forme en ce point une sorte d'estuaire. Sa double marée envahit la plage, arrêtée par les montagnes d'où dévale le torrent.
C'est à cet endroit que le voyageur se retrouve à l'aube, accompagné de tous les villageois qui habitaient sur l'autre rive. Sur une barque, que font glisser sur l'eau deux rames gémissantes, apparaissent deux pauvres pêcheurs qui confient leurs filets à la mer, tandis que
(i) Couronnée de luminaires assujettis à la maison, et de fusées.
POÈMES DE DON LUIS DE GÓNGORA
l'un d'entre eux chante longuement ses plaintes douces et harmonieuses.
Silencieux, pour ne pas interrompre la chanson tendre et mélancolique, les pêcheurs appellent par signes une autre barque ancrée sur l'autre rivage. Celle-ci, glissant rapidement sur le cristal azuré de l'eau, s'avance, aussitôt suivie de la barque musicienne. La foule des marins prend place dans le bateau le plus spacieux ; elle dit adieu à l'étranger qui entre dans la nacelle d'où s'élevait le chant harmonieux.
Les pêcheurs jettent leurs filets et ramènent une pêche abondante, tandis que l'esquif alourdi se dirige lentement vers leur pauvre et bienheureuse cabane de roseaux.