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PARTIE ïï, CHÀP. XLY. *4* seigneur gouverneur , venez jouir de votie triomphe, venez partager les dépouilles que nous devons au puissant effort de votre bras invincible. Si vous voulez que je me leve, répond Sancho d une voix dolente , il faut d’abord que vous me leviez. On le mit alors sur ses pieds. Je suis bien aise , reprit-il , que les ennemis soient battus ; je ne leur ai pas fait grand mal, et j’abandonne ma part des dépouilles pour un petit doigt de vin , si quelqu’un de vous a la charité de me le donner. On courut lui chercher du vin ; on le délivra des deux boucliers, et, ruisselant de sueur , on le porta sur son lit , où il fut quelque temps à reprendre ses sens. Enfin, ayant retrouvé un peu de force , il demanda quelle heure il était. On lui dit que l’aurore allait paraître. Sans répondre, il se leva, s’habilla lentement dans un grand silence, s’en alla droit à l’écurie , suivi de toute sa cour. Là , s’approchant de son âne , il lui prit la tête dans ses deux mains , il lui donna un baiser sur le front ; et fixant sur lui des yeux pleins de larmes : Mon ami , dit-il , mon vieux camarade, toi qui ne t’es jamais plaint de partager ma misère tant que je ne t ai pas quitté , tant que ,** satisfait de mon sort, je ne pensais qu’à te nourrir ou à raccommoder ton bât.
mes heures, mes jours, mes années étaient heureuses : depuis que la vanité , l’ambition , le sot orgueil , ont pris ta place dans mon cœur, je n ai senti que des peines, des eha-1 grin s et des maux cuisans.
En disant ces mots, et sans prendre garde a personne , il s’en va chercher le bât, revient le mettre sur l’âne, l’j attache, monte dessus , et regardant 1 intendant , le secrétaire , le maître -d’hôtel, le docteur Pedro Recio, qui l’environnaient : Messieurs, dit-il, laissezmoi passer , laissez -moi retourner à mon ancienne vie , à mon ancienne liberté , sans laquelle il n’est point de bonheur. Je ne suis point né , je le sens , pour gouverner ou défendre des îles. Je m’entends mieux à labourer, à bêcher, à tailler la vigne, qu’à faire des ordonnances et à livrer des batailles. Saint Pierre n’est bien qu’à Rome ; chacun n’est bien que dans son état. La baguette de gouverneur pèse plus à ma main que la faucille ou le hojau. J’aime mieux me nourrir de pain bis que d attendre la permission d’un impertinent médecin pour manger des mets délicats; j’aime mieux dormir à l’ombre d’un chêne que de ne pas fermer l’œil sous des ri' deaux de satin. Pauvreté, paix et liberté, voilà les seuls biens de ce monde. Adieu,