‹ Don Quichotte de la Manche (volume 2)Chapitre 109 sur 127 · PARTIE II, CHAP. XEV · texte numérisé non relu

PARTIE II, CHAP. XEV

messieurs, je vous salue; nu je vins, nu je m’en vas : j’entrai dans le gouvernement sans avoir un sou dans ma poche, j’en sors sans avoir une maille. Je souhaite que tous les gouverneurs puissent en dire autant. Serviteur, messieurs; laissez-moi partir : il est temps que j’aille me faire panser; car j’ai les côtes brisées , grâce à messieurs les ennemis , qui n’ont pas cessé depuis hier au soir de se promener sur mon corps.

Tranquillisez-vous , seigneur , reprit le docteur Pedro Recio , je vais vous donner un certain breuvage qui rétablira sur-le-champ vos forces, et je vous promets de vous laisser manger tous les mets qui vous conviendront.

Bien obligé , bien obligé , monsieur de

Tirtea Fuera; il est trop tard, votre breuvage et vos belles paroles ne me tentent point; je ne veux pas plus de vos ordonnances que je ne veux de gouvernement : ce n’est pas moi que I on attrape deux fois. Je suis de la race desPança, race opiniâtre et têtue ; lorsqu ils ont dit une fois non , le diable 11e leur ferait pas dire oui. Bonsoir , bonsoir : je laisse dans cette écurie les ailes de la fourmi, qui , s’étant avisée de voler , pensa être mangée par les hirondelles. Je ne veux plus voler , je veux marcher terre à terre , à pied, sinon en escar-

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pins , du moins en sabots. Il faut , pour que tout aille bien , mettre les moutons avec les moutons , et ne pas étendre la jambe plus loin que ne va le drap. Adieu pour la dernière fois; le temps s’écoule, j’ai du chemin à faire.,

Seigneur, dit alors l’intendant, malgré les regrets douloureux que doit nous laisser votre perte , nous ne vous retiendrons point de force : mais il est d’usage que tout gouverneur rende compte de son administration avant de quitter sa place ; ayez la bonté de remplir ce devoir, et vous partirez ensuite. Monsieur, répondit Sancho , personne , hors monseigneur le duc , n a le droit de me demander ce compte ; or je m’en vais trouver monseigneur le duc, et je le ferai volontiers juge de toutes mes actions : d’ailleurs je vous ai dit que je sortais d’ici tout aussi pauvre que j’y étais entré; c’est une preuve assez bonne , je crois , que j’y suis resté honnête homme. Le grand Sancho a raison , s’écria le docteur Pedro Recio ; affligeons-nous de le voir partir, mais laissonslui sa pleine liberté. Cet avis prévalut. On offrit au gouverneur, on le pressa de prendre avec lui tout ce dont il pouvait avoir besoin ; le modeste Sancho ne voulut rien qu’un peu d’orge pour son âne , et un morceau de pain

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