PARTIE II, CHAP. VII
Je n’aime point , reprit don Quichotte , ce que j’entends chanter à cet homme. Il nous arrivera cette nuit quelque chose de funeste. Mon ami , ajouta-t-il en appelant celui qui passait, je vous souhaite le bonjour, et vous prie de vouloir bien m’indiquer le palais de la princesse Dulcinée. Monsieur , répondit le paysan , il n’y a que peu de jours que je suis dans ce village au service d’un riche fermier. Ici vis-à-vis est la maison du curé et du sacristain, qui connaissent sûrement cette princesse , pour peu qu’elle ait rendu le pain béni. Quant à moi , je n’en ai jamais entendu parler. En disant ces mots il s’éloigna.
Sancho , voyant que son maître affligé ne savait plus quel parti prendre , lui dit : Monsieur , le jour approche ; pensez-vous qu’il fût convenable à l’honneur de la princesse que le soleil nous trouvât dans sa rue ? Cela ferait parler toutes les commères de cette capitale. Croyez-moi , retirons-nous dans quelque bois voisin d’ici ; je reviendrai tout seul , je regarderai à toutes les lucarnes du Toboso , jusqu’à ce que je tombe au palais de madame Dulcinée. Je finir i sûrement par le dénicher : alors je parlerai à madame, et retournerai vous porter ses ordres. Ton conseil est plein de sagesse , lui répondit don Quichotte • je
vais le suivre sur-le-champ. Notre écuyer, qui grillait de voir son maitre hors du village , se hâta de le conduire à deux milles de là dans un petit bois , où don Quichotte se cacha de son mieux, tandis que Sancho s’apprêtait à s’acquitter d’une ambassade qui réussit comme on va le voir.