‹ Don Quichotte de la Manche (volume 2)Chapitre 32 sur 127 · PARTIE II, CHAP. IX · texte numérisé non relu

PARTIE II, CHAP. IX

reine , et le diable cocher , attendit notre chevalier dans une excellente disposition. Don Quichotte, étonné, s’arrétapour examiner son terrain, et voir comment il pouvait attaquer avec avantage ce redoutable bataillon. Monsieur, lui dit alors Sancho , je vous demande s’il n’y aurait pas plus de témérité que de bravoure à un homme seul de prétendre vaincre une armée commandée par la mort en personne , et composée d’empereurs et d’anges. D ’ailleurs dans tout ce monde-là il n’y a point de chevalier errant. — Tu as raison , Sancho ; c’est toi seul que cette affaire regarde. Je dois être simple spectateur , et ne t’aider que de mes conseils. Allons , mon fils , mets l’épée à

la main ; et va toi-même venger ton âne.

C’est fort bien dit ; mais mon âne et moi nous pardonnons à nos ennemis ; nous sommes bons, pacifiques , doux , et nous oublions les injures. — A la bonne heure , chrétien Sancho , et si ta clémence te porte au pardon , nous ferons bien de laisser ceS fantômes pour courir a des aventures un peu plus dignes de nous.

A ces mots il tourne bride et poursuit froidement sa route , tandis que la mort et son escadron remontés dans la charrette continuent doucement la leur. Ce fut ainsi que cette épouvantable rencontre , grâce à la prudence de Sancho, n’eut point de suite funeste.

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