CHAPITRE X
Etrange rencontre du vaillant don Quichotte et du brave chevalier des Miroirs.
N o t re héros et son écuyer s’arrêtèrent sous de grands arbres pour souper de leurs provisions et attendre le jour suivant. Eh bien! monsieur , dit Sancho , trouvez-vous que les dépouilles de votre première victoire que vous m’aviez promises ce matin m’aient beaucoup enrichi ? C’est ta faute , répondit don Quichotte ; si tu ne m’avais empêché d’attaquer ces comédiens , tu posséderais à présent la couronne d’or de l’empereur et les ailes de l’amour. — Ma foi ! je n’en serais guère mieux ; car j’imagine qué cette couronne était tout au plus de fer-blanc, et peut-être de papier doré. Tout ce que portent ces farceurs-là n’est pas plus vrai que ce qu’ils disent. — Sancho, je n’aime point du tout que tu parles mal des comédiens. Ils sont utiles dans un état policé : ils nous présentent le miroir fidèle des vices et des vertus , de ce que nous sommes et de ce que nous devrions être; ils font à la fois jouir et profiter le spectateur. Douce réunion qu’on ne peut trouver que dans le bel art de la co-