PARTIE II, CHAP. XI
famille. Imaginez-vous que j’ai eu deux pareils, du côté paternel, qui furent les meilleurs buveurs, les ivrognes les plus renommés de la Manche. Un jour on vint les prier de juger d’un certain vin : l’un approcha son nez du gobelet , l’autre en mit une seule goutte sur sa langue. Le premier dit : ce vin-là est bon , mais il sent le fer; l’autre dit : Ce vin-là est bon; mais il sent le cuir. Le maitre du tonneau soutint que cela n’était pas possible, que jamais ni fer ni cuir n’avaient approché de son vin. Au bout d’un certain temps , le tonneau vidé , l’on retrouva dans la lie une très petite clef attachée à un très petit cordon de cuir.
Jugez, monsieur, si le descendant de ces deux grands hommes doit sentir le prix du bon vin que vous avez la bonté de lui offrir.
Ce discours fut suivi d’une nouvelle visite à la bouteille. Enfin , quand nos écuyers furent las de boire et de babiller, ils s’endormirent l’un près de l’autre. L’auteur de l’histoire les laisse dormir pour retourner aux deux chevaliers.
rj 8 DON QUICHOTTE.