partie ii, chap. x y i ii
et les deux troupes réconciliées célébraient dans une danse vive le triomphe de la Fortune.
Notre héros , attentif à ce que signifiait la pantomime, demanda quel en était l’auteur; on lui répondit que c’était un bénéficier du village , homme de beaucoup d’esprit. Je suis sûr , reprit don Quichotte , que cet honnête ecclésiastique dîne plus souvent chez Gamache que chez le malheureux Basile. Écoutez donc lui dit Sancho qui déjeunait non loin de là , je vous avoue que le roi est mon coq , et que plus je vais , plus je me sens d’amitié pour monsieur Gamache. Je le crois, reprit don Quichotte, tu es du naturel de ceux qui sont toujours pour le plus fort. — Il ne s’agit point du plus fort ; il s agit seulement de savoir si en écumant la marmite de Basile j ’en aurais retiré ceci. Considérez, s’il vous plaît, la mine de cette poularde , et convenez que dans ce monde, comme disait ma grand’mère, il n’j a jamais que deux familles, ceux qui ont, ceux qui n ont pas ; et ma grand’mère aimait beaucoup la famille de ceux qui ont. Je suis de son avis, monsieur; l’avoir est au-dessus du savoir, et je préfère l’âne couvert d’or au cheval le mieux harnaché. — Crois-moi , mon pauvre Sancho , mange au lieu de commencer tes sentences. — - Oh! sojez tranquille, monsieur, je n’en perds
pas un coup de dent. Dans la cuisine de Basile j’aurais plus de temps pour parler. — Tu en trouves toujours de reste. - — Point du tout ; je ne me permets une petite conversation parci par-là que lorsque je n’ai rien à faire. Je sais trop que dans l’autre monde on doit nous faire rendre compte des paroles inutiles ; ainsi je vous demande la permission de ne plus m’occuper que de ce poêlon.
Cela dit, le bon écuyer se remit à manger avec tant d’appétit, qu’il en aurait donné l’envie à son maître , sans les grands événemens que nous allons rapporter.