DOI* QUICHOTTE
pensèrent effrayer don Quichotte lui-même : mais le héros soutint cette épreuve , trop forte pour son écuyer. Sancho , demi-mort de peur, se laissa tomber presque sans connaissance sur les genoux de la duchesse. On courut chercher de l’eau, qu’on lui jeta sur le visage; bientôt il reprit ses sens.
Ce fut pour voir arriver le char, dont on entendait gémir les roues : il était traîné par quatre grands bœufs tout couverts d’une étoffe noire. Ces bœufs portaient à chaque corne une longue torche allumée. Au milieu du char, sur un trône , on remarquait trois vieillards, dont la barbe blanche passait la ceinture : ils étaient environnés de démons si laids, si horribles, que Sancho ferma les yeux pour ne pas les voir. Le char s’arrêta devant don Quichotte; un des trois vieillards se leva. Reconnais-moi , lui dit-il, je suis le savant Lirgande. Et moi le puissant Alquif , reprit le second vieillard , Et moi l’enchanteur Arcalaüs , ajouta le troisième d’une voix menaçante: malheur, malheur aux chevaliers dont je suis l’ennemi mortel ! Le char reprit alors sa marche, disparut; et l’on entendit une agréable musique de flûtes et de hautbois. Ces deux sons ranimèrent Sancho , qui , toujours près de la duchesse , dont il tenait le jupon, lui dit à l’oreille : Madame,
PARTIE II, CHAP. XXXÏ. 27 cette musique me fait espérer des visions un peu moins effroyables. Je le souhaite , répondit la duchesse ; mais ne me serre/, pas si fort , car l’on dirait que vous avez peur.