PARTIE II, GHAP. XL. io
avez-vous fini? — Ah! monseigneur, si j’osais je vous demanderais encore une petite grâce ; mais j’ai peur d’être indiscret , et d’abuser de vos momens. — - Osez , osez , ne craignez rien ; je ne suis ici que pour vous entendre. — Eh bien, monseigneur, puisque vous le voulez, je ne vous cacherai point que je souhaiterais beaucoup qu’en faveur de ce mariage votre seigneurie eût la bonté de donner à mon bis le bachelier un petit présent de noces , quimd ce ne serait que cinq ou six cents ducats ; cela l’aiderait à se mettre en ménage , et ferait qu’il dépendrait moins de la mauvaise humeur de son beau-père , parce que vous savez que pour être heureux il faut être indépendant. — Est-ce là tout ce que vous demandez , mon ami ? voyez s’il n’est rien qui vous tente encore ; parlez avec assurance , et qu’une mauvaise honte 11e vous retienne point. — Monseigneur, vous êtes bien bon; mais en vérité c’est tout.
A ces paroles Sancho se lève , saisit la première chaise qui lui tombe sous sa main ; et courant au laboureur , qui se hâta de s’enfuir : Misérable ! s’écria-t-il , il faut que je t’assomme tout à l’heure pour t’apprendre à venir me demander six cents ducats. A-t-on jamais vu pareille insolence ? Six cents ducats ! et où les prendrais-je ? ai-je reçu seulement un malheu-
reux maravédis depuis que je suis gouverneur ? Six cents ducats ! si je les avais , je ne manquerais pas sans doute de les envoyer à Miguel Turra pour la famille des Perlerins et pour ton fils le possédé. Mais où en sommes-nous ? Sainte Marie ! il semble que mon île soit le rendezvous des fous de tous les pays. Qu’on ne laisse plus entrer qui que ce soit, au moins jusqu à ce «que j’aie fini mon pain.