‹ Don Quichotte de la Manche (volume 3)Chapitre 112 sur 114 · PARTIE I, CHAP. L · texte numérisé non relu

PARTIE I, CHAP. L

reusement. Le chanoine et le curé vinrent aider à Sancho , prirent congé de la procession , et firent rapporter don Quichotte dans la charrette.

On attela promptement les bœufs ; on paya les archers, qui s’en retournèrent ; le chanoine poursuivit sa route, après avoir fait promettre au curé de lui écrire des nouvelles de la guérison de don Quichotte. Celui-ci , couché sur du foin , demeura seul avec Sancho , le curé , maître Nicolas , et le patient Rossinante ,. qui , témoin indifférent de tout ce qui se passait, ne perdit jamais un instant sou inaltérable tranquillité. Le lendemain , au milieu du jour, on arriva dans le village de don Quichotte. C’était un dimanche : tous les paysans rassemblés sur la grande place environnèrent la charrette , reconnurent avec surprise leur compatriote , et 1’accompagnèrent jusqu’à sa maison , où les petits garçons avaient déjà couru annoncer son arrivée. La gouvernante et la nièce se hâtèrent de sortir; et voyant don Quichotte pâle et tristement couché sur du foin , se mirent à jeter des cris perçans. La femme de Sancho Pança, du plus loin qu elle aperçut son mari , vint à lui tout essoufflée , en lui demandant si l'âne était en bonne santé. Oui , oui , répondit l’écuyer, lune se porte mieux que son maître.

Dieu soit loué! reprit Thérèse. A présent dismoi , mon ami , si tu as fait de bonnes affaires , si ton écuyerie t’a beaucoup valu. Me rapportes-tu une belle robe, de jolis souliers pour nos enfans ? Voyons, voyons tout cela. — Patience , patience , ma femme ! tu auras le temps d’admirer tout ce que je te rapporte. — Ah! mon pauvre ami , que j’en suis impatiente ! et que je t’ai regretté souvent depuis un siècle que tu m’as quittée ! — C’est bon , Thérèse , c’est bon ; je t’ai regrettée aussi : mais il faut bien travailler à' sa petite fortune. Aussi , encore un voyage comme celui que je viens de faire , et tu peux être sûre de te voir comtesse ou gouverneuse de quelque île ! — Gouverneuse! mon ami, je ne sais pas ce que c’est, mais cela doit être bon. — Diable ! si c’est bon ! je le crois ; à la vérité c’est cher : avant d’être là , il faut recevoir une incroyable quantité de coups de bâton ; quelquefois même on est berné. A cela près , ma chère amie , c’est une très agréable chose que le métier d’écuyer errant , et je t’assure qu’il y a du plaisir à courir les aventures.

Pendant cette conversation , la gouvernante et la nièce avaient porté don Quichotte dans sa chambre , où elles l’avaient mis au lit. Le curé leur recommanda d’en avoir le plus grand

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