‹ Don Quichotte de la Manche (volume 3)Chapitre 46 sur 114 · PARTIE I, CHÀP. XI · texte numérisé non relu

PARTIE I, CHÀP. XI

a beaucoup d’esprit , joue du violon , et , pardessus cela, est fort amoureux. 11 ne tardera pas à venir. Le chevrier parlait encore lorsqu’on entendit le son du violon , et l’on vit paraître un berger de bonne mine , de vingtdeux ans à peu près. Antoine , lui dit le chevrier, je viens de vanter à notre hôte les talens que nous te connaissons ; prouve-lui que dans nos montagnes on sait un peu de musique. Assieds-toi donc, et fais -nous le plaisir de chanter cette romance que ton oncle le bénéficier a composée sur tes amours. Je le veux bien , répondit Antoine. Aussitôt , assis sur un tronc de chêne, il accorda son violon, et d’une voix agréable se mvt h chanter ces paroles :

Enfin ton âme s’est trahie,

L’amour éclaté en tes rigueurs ;

Tes dédains, aimable Eulalie,

Deviennent pour moi des faveurs.

Lorsque je parais à ta vue ,

Par toi le silence est garde' :

Tu fuis bientôt ; peine perdue !

En partant tu m’as regardé.

Quand les bergères vont te dire Les tendres vers que j’ai chantés ,

Tu ne réponds rien ; c’est m’instruire Que tu les as bien écoutés.

9 a DON QUICHOTTE.

Tu trouves toujours des excuses Pour ne pas danser avec moi :

Je suis le seul que tu refuses ;

Je serais donc choisi par toi.

Ah! crois-moi, charmante Eulalie,

Ne perdons point ainsi nos jours ;

Songe bien que toute la vie Est trop courte pour les amours.

Le chevrier finit sa romance , et don Quichotte en demandait une autre ; mais Sancho , qui avait plus d’envie de dormir que d’écouter des chansons , s’y opposa formellement. Votre seigneurie, dit-il, ne réfléchit pas que ces bonnes gens ont travaillé toute la journée , et qu’ils ont besoin de repos. Je t’entends, reprit don Quichotte , tes fréquentes visites à l outre de vin t’ont rendu le sommeil plus nécessaire que la musique. Ah ! Dieu soit béni ! répondit l’écuyer, chacun de nous en a pris sa part. J’en conviens, ajouta le héros : mais va dormir, si tu veux ; ceux de ma profession veillent sans cesse. Viens auparavant panser mon oreille. Un des chevriers voulut voir la blessure il assura don Quichotte qu’avec le remède qu’il allait lui donner il serait promptement guéri. En effet, il courut chei'cher un peu de rorna-

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