CHAPITRE XXVII
COHHERT nOTHE BÉtOi REMCDHTftA UNE BELLS DUC QUI CHÀBÊlIt.
Saucho voyait avec douleur que la bourse de son maître lirait à sa fin. Chaque maravédis qu'il en fallait ôier pour les folies de don Quichotte lui arrachait de douloureuses larmes. Il
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«ommençait à désespérer de parvenir » la bante fortune qui lui avait été promise, et réfÛchissait «a sileoee au parti qu'il devait prendre, tandis que aotitJi^zas, occupé de Dukiuée, s'c- IfNgnait des bords de l'Èbre.
Comme ils traversaient toas deux bbo prairie, don Quichotte aperçut une troupe de fauconniers et de chasseurs. Au milieu d'eux était une jeune dame, d'une figure agréable et ooUe, en superbe habit d'amazooe, et montée sur iwe baqiHnée blanche. Elle tenait à sa main un faucon; la déférence, ks boumages qu*on s'empressait de lui rendre, aniMifaieiit qu'elle était d'an haut rang, et qu'elle comnuDdait à tous les ebasMurs.
< Mon Ois Sanebo, dit notre efaevaber, cours aaprès de cette bel\t dame qui porte nn oiseau sur W poûig : dis-lui qne le chevalier des lions, qui met à ses pieds son profend respect, lui demande la pennissitndB se jiréseater devant son altesse , pour loi offrir ses serriees. Froids garde surtout à la manière dont tu t'acquitteras de ee message , et ne va pas mêler tes proverbes au discoursque tu lui feras. — Pardil ab pardi t répondit Sanebo, vous avez bien troavé votre homme 1 M'ayez pas peur 4]oe je lui dise des proverbes; je sais la manière dont il faut parler. Un bon payeur ue craint jamais de donner des gages; quand la maison est approvisionnée, le dtuer est bientôt prêt ; nous ne sommes pas ^its d'hier. Est-ce donc ici la première fois queje me suis acquitté d'une ambassade à de belles dames? — Je ne sache pas , mon ami , t'en avoh' jamais donné, si ce n'est pour madame Duleinée. ' — Cti» suffit bmi , vraineut ; et YOUS pouvez me regarder comme un vieux routier d'ambassade , fjae rien ne doit embarrasser. Lsissec-mcâ aire , vous allez voir. > Sanebo part au trot de son Sne, arrive au milieu des chassenrs, s'approche de Famazone, descend, se meta genoux, et lui dit : «Madame, quiètes si belle, je m'appelle Sanebo Pan^, écuyerda chevalier des Lions, que (0«s voyez arrêté U-bns. Mon maître, qui s'appriail jadis le ehevaUer de la Triste Figure, m'envoie vous dire qn'it serait cbarmé de baiser les pieds d» votre beanté , de se consacrer au service de votre altesse et d« votre oiseau : mais it lui faut pour oela votre permission ; et j'ajoute que votre seignenrie peut fort bien la lui donner, puce qu'eUs
, Cotiglc
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ii'eD5erapBsf3chée.— Aimable écuyer, répondît la dame, vous vous acquittez à merveille des messages <]ae l'on vous donne. Commencez par vons relever-, l'ami, le compagnon fidèle du chevalier de la Triste Figure , dont je connais parbitemeat et la gloire et les exploits , ne doit point parler à gerioui. Levez-vous donc, je vous prie, et retournez dire a votre maître que le dnc tnoD époux et moî nous serons charmés tous les deux de le recevoir dans notre maison , peu éloignée d'ici. »
Sand)o , surpris , enchanté d'entendre le nom de duc , et de se voirsi bien accueilli , si bien traité par une duchesse, ne songeait pas à se relever, et ne se lassait point de considérer cette dame .sibienmise,sîagTé^le, si polie pour les écuyers. La duchesse, en lui tendant la main , lui demanda si son maître n'était pas ce fameux don Quichotte de la Manche , amant de Dulcinée au Toboso , dont on avait imprimé l'histoire. — C'est lui -uiS me, répondit Sancho; et l'écuyer, que vdUs devez avoir vu dans l'histoire jouer un assez beau rôle, c'est moi, madame la duchesse , à moins que l'imbécile d'historien ne m'ait changé en nourrice. — J'en suis ravie, reprit la duchesse : cette certitude njoute au désir que j'ai de vous recevoir avec votre illustre
Notre écuyer s'inclina respectueusement, traversa d'uo air fier la troupe des chasseurs , alla remonter sur son âne et rendre compte h don Quichotte de l'agréable réponse de madame la duchesse, dont II éleva jusqu'au ciel la beauté, la politesse, et la bienveillance particulière dont etlel'avait honoré. Notre héros, en l'écoutant, se redresse sur sa selle, s'affermit sur ses étriers, lève sa visière, raccourcit ses réoes pour donner un peu de grdeeà Rossinante, et s'avance la tJte haute. La duchesse, pendant ce temps, avaitfait appeler son époux, l'avait instruit de l'ambassade ; et , comme ils avaient lu tous deux la [vemière partie de cette histoire , ils se firent un plaisir extrËme de connattr» le héros de la Manche, de se plier entièrement à sou humeur, à ses idées , et convinrent de le traiter comme un véritable cbevalicr errant. Don Quichotte , arrivant alors , voulut se h3(er de descendre : Sancho, se dépéchant aussi d'aller lui tenir l'étrler, ■'embarrassa si bien la jambe dans une corde de son bAt , qu'il
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leata pendu par le pied. Notre héros ne le vit point, et, erofant qu'il tenait son étrier , descendit sans précaution ; mais la selle de Rossinante, apparemment mal sanglée, entraînée par le poids du corps , tourna sous le ventre , et le chevalier arrive â terrecouchédesonioDf;. Au désespoir de cet accident, il maudissait tout bas et sa selle et son traître d'écuyer , lorsque les chasseurs , par l'ordre du duc , coururent le r«levcr et dépendre le pauvre Sancho. Don Qtiichottc, un peu froissé de sa chute, venait en boitant se mettre à genoux devant madame la duchesse. Le duc te retint , l'embrassa : ■ Seigneur chevalier de la iViste Figure. lui dit-il d'un ton sérieux, il est bien cruel pour moi que le premier pas que vous faites sur mes terres puisse vous sembler une chute ; j'ose me flatter que ce contre-tempa ne vous dégoûtera point de demeurer avec vos admirateurs. — Vaillant prince, répondit le héros, il n'est point de plaisir qu'on n'achète; M je ne me plaindrais point de payer beaucoup plus cher le bonheur extrême de vous faire ma cour. Mon négligent écuyer babille infiniment mieus: qu'il ne sait sangler une selle ; c'est à lui seul que je dois m'en prendre. Au surplus , par terre ou debout , à cheval , à pied , de toutes façons , je n'en suis pas moins dévoué à vos ordres et à ceux de madame la duchesse , dont b suprême beauté exerce un empire si doux. — Preneu garde, seigneur don Quichotte , répondit modestement le due , l'amant de l'incomparable Dulcinée ne peut trouver aucune femme belle. <>
Sancho , libre alors et relevé de terre , vint se mêler à l'entretien. ' Il est vrai , dit-il , monseigneur , que madame Dulcinée est au-dessus de tout ce que l'on peut imaginer ; mais vous savez qu'après avoir trouvé un lièvre au gîte , on en trouve quelquefois un autre. Dame Nature ressemble à un faiseur de pots de terre, qui fait aujourd'hui un beau pot, et en fait un aussi beau demain. Ainsi madame Dulcinée est très-belle, assurément, mais madame laduchesse est Irês'belle aussi. — Madame, je dois prévenir votre altesse , interrompit don Quichotte , que jamais chevalier errant n'eut un écuyer aussi familier, aussi bavard que le mien : je vous en demande pardon pour lui. — Félicitezm'en plutôt , reprit la duchesse en riant ; dès longtemps je suis
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instruite que Sancbo a de l'esprit , de la gaieté , de la grâee : il peut parlerbeaucoupetsouveat,saas craindre de iu'éi)nu}er. — Allons , ajoaU le duc , prenons le chemin du château , si l'illustre cberalier de la Triste Figure veut nous ^re t'Iionneur d'y veoit. — Sans doute, dit Sancho d'un air capable , il le veut bien , â n»oi aussi i Dtais , monsieur le duc, n'oubliez donc pas que DOOB noDS appelons à présent le chevalier des Lions. >
En parluit ainsi, l'écuyer rajustait la s«lle de Rossinante. Quand cela fut fait , don Quichotte remonta sur son coursier : le duc leprit aussi le sien; et ta duchesse, placée entre son époux (A le chevalier, se mit en route vers le château. Au bout de quelques pas, «lie appela Sancbo pour venir causer avec elle. Seneho h demandait pas mieux ; il poussa promptement son 4i>e iiCÙté de b duchesse, se mit en rang avec monsieur le duc, et ne laissa pu tomber.la conversation.
CHAPITBE XXVIU.
QVI COimEKT BC GHUIDES CHOSES.
Indépmdamineat da plaisir extrême qu'éprouvait notre écuyer 4-B se vojant le favori de madanif la duchesse, l'espérance de passer quelque temps dans une bonne maison, sans doute aussi bita fonntie que celle de don Ciègue, remplissait son âme d'une vive joie ; sa gaieté naturelle en était doublée ; et, sa protectrice l'encourageant, il s'y livrait sans réserve. Lorsque l'on approcha àm château, le duc alla lui-mËme en avant donner des ordres powrlaréceptwnqu'il voubit faireàdon Quichotte. Dès que le chevalier arriva , deux écuyers , richement vËlus , vinrent l'aider à descendre; quatre belles demoiselles lui présentèrent en cérémonie un superbe manteau d'écarlate, qu'elles attachèrent sur ses épaules. Les galeries se remplirent de monde; et tous les habitants delà maison, se réunissant pour voirie héros, jetant sur lui des essences , criaient : > Heureux , heureux le jour où nous recevons ici la fleur de la chevalerie! « Enchanté de tant dlionneurs, don Quichotte s'avançait gravement, donnant la main à la duchesse , et remerciant tout bas le ciel de ce qu'enfin ,