‹ Don Quichotte de la MancheChapitre 111 sur 146 · PARTIE n, WÂP. XXVID. ITI · texte numérisé non relu

PARTIE n, WÂP. XXVID. ITI

me fais 4ïiis sa vie , il se myait traita de la même manière ijn'i) Rail TU , dans ses livres , traiter les anciens chevaliers errants.

Sancho , pour ne pas se séparer 4e ta bonne amie la dncliesse, arait été forcé d'abandonner son flne : il se le reprochait au fond du oœur; et la tendre inquiétude pour c(t animal lui fit aborder nne vieille dnègae , qu'il distingua dans la foule. « Madame Gonzalès , lui dit'il tout bas , je rasdiais bkxi savrâr votre oom povr avoir l'hoanetir de TOUS parler «n secret. — Je m'appelle, répondit la duègne, dona Rodrigue de Grijalra. Qu'f a-t-il pour votre service ? — Ah ! madame Rodngue de Grijaiva , vous meferiezun grand plaisirde vouloir a Mer jusque dans la oour , où TOOStroBverez un âne gris. Cet flneeEtàmai;je t'aime beaucoup : le pauvre enfant est timide, et n'est point accoHlumé à se VMT seul. J'ai peur qu'il ne sadie que-devenir ; je vous prie de le mener vous-même à l'écurie, et de lui donner ce qu'il lui faut. — Pardi ! répondit la dn^e d'une von aigre, nous vmla bien si le maltPG n'en sait pas plus que le valet! Apprêtez, moa ami , que dans cette maison il n'est pas d'us^ d'envoyer les dnèguesà l'écurie. — Oh! oh! vous êtes done bien fièrel Mon nsitre m'a pourtant raconté que quand Lancelot revint d'Angleterre les duègnes pansaient son cheval. Or, mon ftne, j'ai suis bien sûr , vaut le cheval de Lanc^ot. — Je ne m'embarrasse goère de Lancelot ni de votre maître. Gardez vos contes et vos facéties pour ceux qui savent les payer : quant à mol , je vous en préviens , je n'en dooDemis pas une figue. — Ma foi , si vous «e la donniez, je la trouverais peut-être trop mûre. — Vous aies un iasolent, s'écria la duègne en fiireur, et je vous ferai reipeutir de vos ioipertinents propos. •

A cet éclat, laduebesse, se retouraant, vit que madame Rodrigue avait les yeux hors de la télé et le visage fort stlumé. 'Que vous arrive-t-il ? lui demanda-t-elle. — Madame , c'est ce paysan qui veut que j'aille panser son Sne , parce qu'il prétend que les dul^ee pansai»t le dieval d'un Lancelot; ensuite il dit que je suis vinlle. — Ah! voilà le ps, répond la duchesse. Vous avez graud tort, mon ami Sanclio; regardez donc bien madatne Rodrigue , et metteE-vons dans la tête qu'elle est toute jeuue encore. Ces grandes co^s ^'elle porte ne doivent pas

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vieillir ï vos yeui son viiage de dîi-huit ans. — Madame la duchesse , r^liqua Sancho , je peux vous jurer sur ma conscience que je n'ai seulement pas pensé ni a son visage ni à ses années; je n'éuis occupé que de mon Ane , que j'ai laissé seul dans la couf; et j'ai fait part de mon chagrin à ceOe madame Rodrigne, parce quejelacroyais plus charitable qu'une antre. — Sancho, dit alors don Quichotte, ce n'est pas ici le lieu de parler de tout cela. — Pardonnez-moi , monsieur , c'est partout le lieu de songer ani gens qu'on aime; et partout oii j'y songe j'en parle. — Vous of ez raison , interrompt le duc; mais soyez parfaitement tranquille , j'ai donné des ordres pour que votre iae fdt conduit à l'écurie , et traité comme vous-mêmC' Usera content, je vous en réponds. ■

A la suite de cet entretien, qui divertissait tout le monde, excepté notre béros, on l'introduisit dans uuesupertM salle, tapissée de drap d'or. Sii demoiselles vinrent le désarmer , et, sans laisser échapper un souris , offrirent de le déshabiller et de lui passer sa chemise. Le modeste don Quichotte s'y refusa, fit appeler son écuyer pour achever sa toilette , et s'enferma seul avec lui. > Sot que vous ^tes, lui-dit il alors , que signifie votre scène avec cette vénérable duègne? Était-ce le moment de voos occuper de votre ineP A la manière dont on vous traite, eraignezvoBs qu'on n'oublie nos coursiers? Prenez-y garde, Sauctio; vous ne vous observez point assez ; vous semblez vous plaire i faire deviner promptement que vous êtes sans éducation. Songee que Cest sur le ton , sur les manières des domestiques que l'on juge de leurs maîtres . et que le plus grand avantage des princes estd'avoir à leurservieedes personnes aussi bien élevées qu'mxmémes. Que voulez-vous qu'on pense de moi si l'on ne voit en vous qu'un paysan grossier ou un insipide bouffon? Le métier de plaisant n'est rien moins qu'aisé ; lors même qu'on y réussit, il est rare qu'il attire l'estiaie. Parlez moins, Saucbo, parlez beaucoup moins; réflédiissez avant de parler, nedétruisez pas vousmême le bien qui doit vous arriver, et par les personnes avec qui nous sommes et par le maître que vous servez, s

Sancho promit de bonne foi d'être plus circonspect à l'avenir, et de se mordre la langue toutes les fois qu'il voudrait dite UM

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sottise. Il babilla son bon mattre , qui mit par-dessus son poariuûot chamois le beau manteau d'écarlate , le baudrier de loup marin soutenant sa redoutable épée , sur sa t^te nn bonnet de satin vert, et sortit dans cet équipaj^e. Les demoiselles étaient à la porte, tenant une aiguière d'or pour qu'il se lavAt les maioi. Quand cela fut fait , douze pages , précédés d'un mattre d'hâlel , vinrent lui annoncer que le dîner était prêt. Don Quichotte , entouré des pages , fut conduit avec beaucoup de pompe à la salle du festin, où quatre couverts seulement se voyaient sur une table chargée de beaucoup de mets. Le duc et la duchesse l'attendaient avec un grave ecclésiastiqne , de ceux qui s'établissent dans les maisons des grands afin de les gouverner ; de ceux qui, n'étant point nés princes , ne s'en croient pas raoins le talent de conduire h leur gré les prinees , s'emparent de leurs affaires , de leur esprit, de leur bien, commandent en conseillant, et ne pouvant jamais s'élever jusqu'à la hauteur des personnes qu'ils dirigent les font descendre jusqu'à leur bassesse.

Tel était cet ecclésiastique , qui r^rdait d'an ccît mécontent les politesses , les cérémonies que l'on faisait à don Quichotte. Celui-ci disputa beaucoup pour ne point prendre la place d'honneur ; mais le duc enfin l'y força ; la duchesse se mit à sa droite, r ecclésiastiqne vis-à-vis , et Sancho , tout étonné des instances qu'avait faites le duc pour donner àson maître la première place, ouvrit le premier la conversation.

■ Si vos seigneuries, dit-il, me permettent de leur &ire un conte, je pense qu'elles trouveront qu'il vient ici fort à propos. > A ce mot don Quichotte , inquiet , regarda fixement l'écuyer. • N'ayez pas peur, reprit celui-ci, je n'ai pas oublié les conseilB que TOUS venez de me donner. Je ne dirai rien qui ne soit à dire , et vous pouvez vous-même attester la vérité de mon conte ; car c'est dans notre village que la chose est arrivée. — Madame, interrompit don Quicbotte, vos bontés ont tourné la tête de ce pauvre homme ; ordonnez-lui de se retirer, — Je lui ordonne au contraire, reprit la duchesse, de ne pas me quitter un moment ; plus je le vois, plus je letrouve aimable. — Madame, répliqua Sancho, je ne désire l'être qu'à côté de votre grandeur. Mais j'en reviens à mou conte. Vous saurez donc qu'un gentiHiomme de mon vit-

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lage, fart tieh«, et de trèE-grande condKifm, puisqu'il était de la famille de Hediaa d«l Caiopo , et qu'il avait ^otné dona Mincia de Qulnooes, Glle de don Alonss de Maranno , cheralier de SatBt'Jiflques , le même qui se noya le jour de &a mort , et pODr leqa^ il y eut dans notre tîII^ noe dispute terrible , où moaseigneardon Quichotte se trouva mSé, lorsque ce mauvais sujet de Tomazile , le fils de Balvastre, notie maréchal , fut blessé âgrièveiDcnt; tous devez Inen vous en souvenir, monsieur mon maître : je tous demande de ledire tout haut , afin qu'on voie quejeneauis point menteur. — Allons, répondit don Quichotte, tout cela est fort exact , j'en conviens ; mais c'est un pea long. — Point du tout, intnromptladuobesse : jeprienKHi ami Sancho de ne passer aucun détail ; car je trouve qu'il conte avec beaucoup de grâce. — C'est vous qui me la donnez , madame , ajouta Sancho. Je vous dirai donc que oe ^ntilhomme , que j'ai connu tout eomme je connais mon maître, puisque de sa maison à la oiienne i! n'y a guère plus d'une portée d'arbalète , ce gentilbomme, certain jour amoBa dîner chez lai un paavre laboureur de cbes nous. Quand il fut quesliaa de se mettre à table , ce gentilbomme , devant Dieu soit son âme ! car il est mort depuis ce temps, et même il est mort comme im saint : je puis vous le dire , quoique je n'y fusse pas présent . parce que j'étais allé fairelamoissoaàTemUpque; mais tout le monde en futédiflé. Je vous en raconterai quelque jour les eircontances ; j'abroge dans ce moment, attmdu qu'on ne permet point la plus petite réflexion. Quand il fiit question de se mettre à table , te laboureur disputait avec le gentilhomme pour ne pas se mettre à la place d'boanmr, le gentilhomme voulait qu'il s'y mit; le laboureur s'obstinait, craigantde manquer àla politesse. EnGn le gentilhomme, ennuyé, lit asseoir le laboureur de force, et lui dit : Tranquillises-vous, partout où nous sommes ensemble je suis à la place d'honneur. Voilà mon eontê tel qn'il est , je vous le donne pour ce qu'Q vaut. ■

Don Quichotte , qui souffrait le martyre depuis que Sandio parlait , devint plus rouge que son manteau lorsqu'il entendit le dernier mot du conte. Le due et la duchesse s'en aperçurent , et , de crainte de le fScber, ne répondirent point au malîcieox

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