‹ Don Quichotte de la MancheChapitre 113 sur 146 · RÉPLIQUE DE M · texte numérisé non relu

RÉPLIQUE DE M

• Monsieur, dit notre héros en employant toutes les forces de sonSmeà modérer sa juste cdère, les lieux où nous sommes, la présence de madame la duchesse, et le respect que je dois à votre caractère , m'imposent la pénible loi de ne vous répondre quepardesparoIes.Votreétat, que je révère, et qui TOUS sauve njourd'hui la vie, semblait me promeiire de votre part des conseils, si j'en ai besoin, et non pas d'infâmes outrages. Autant ou doit estimer et ehérir l'homme de bien qui se consacre à la difficile fonction d'avertir ses frères de leurs fautes , de les guérir de leurs erreurs, de les ramener doucement au chemin de la vérité , autant il est juste de mépriser et de hsTr celui gui prend un si beau prétexte pour se livrer à ses emportements, et se donner le cruel plaisir d'offenser avec impunité. Qu'avei-vous à me reprocher? Quel mal ai-jefaît? quelle faute commise vous engage à me donner l'avis de retourner dans ma maison prendre soin de mes enfants, sans vous informer d'ahord si J'en ai? Vous me faites un crime de courir le monde : vous seriez peutêtre plus indulgent si je m'introduisais dans la maison d'aotrui pour la gouTomer à mon gré, pour m' emparer de l'esprit des mattres , pour m'arroger ensuite le droit de commander à me^ bienfaiteurs. Hous différons en cela, monsieur : je ne vois aucon mal, je l'avoue, à se consacrer au service des mallieureux, A [es chercher partout où ils sont, à s'exposer à tous les dangers dans l'espérancedeleur être mile. Vousavez vos raisonssansdoute pour regarder comme de pauvres fous ceux qui mènent cetie dor« vie; et votre zèle se permet de le leur dire en public. J'ai plus de charité quevoua, monsieur j car je ne dis pas tout ce que je pensée ces

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ambitieux cachés qui marcheut tonjoun à leur but par le tortueux sentier de la fousseié, de l'adulation, de la basse hypocrisie, et ne craignent pas de couvrir leurs vices du mauteau sacré des

<• — Pardieu ! s'écria Sancbo, voilà ce qui s'appelle répondre. — rTaJDutez plus rien, mon cher maître : tous avez coupé le sifUet à ce beau monsieur, qui nous dit qu'il n'y a point de ^evaliers errante, point de géants, point defantôraes. Je voudrais, pour son iostnictioa , qu'il les eût vus d'aussi près que moi. — N'est-ce pas vous, reprit alors l'ecclésiastique, avecun sonris forcé, qui vous appelez Saneho Pança, à qui votre mattre a promis le gouvernement d'une Ile? — Oui, oionsieLir, répondit l'écuyer, et je mérite cegouvemement tout aussi bien que certains personnages; et je suis de ceux de qui l'on peut dire : S'il s'est mis avec les bons , c'est qu'il est bon : je ne demande pas qui tu es , mais qui tu hantes : quand on sait choisir un bel arbre , il est rare qu'on manque d'ombre. Et, grâce au ciel , je l'ai choisi: j'ai un bon maître, je suis avec lui depuis longtemps , j'y profite tous les jours: et j'espère qu'avec l'aide de Dieu ni lui ni moi ne manquerons d'empires non plus que d^les à gouverner.

<• — noB,eertainement, interrompit le duc; car j'en possède neuf assez considérables : et , en hnm du seigneur don Quichotte, je TOUS donne dès aujourd'hui le gouvernement de la plus belle. — Saneho, s'écrianotre chevalier, cours te mettre à genoiu devant son excellence , et la remercier de son bienfait. > L'écuyer obéit sur-Ie-cbamp. L'eccléuastique, furieux, lança sur le duc un regard terrible : ■ Puisque dans cette maison , dit-il, on encourage le délire, onappiaudit aux insensés, je déclare à votre excellence que je n'y remettrai les pieds que lorsque ces fous en seront dehors. «En prononçant ces mots il se lève de table, et sort préctpitamment , sans que le duc et la duchesse fissent beaucoup d'efforts pour le retenir.

■ Seigneur chevalier des Lions, reprit le duc d'un ton sérieux, je ne vous fais point d'excuse de la scène qui s'est passée ; vous êtes trop au-dessus d'une telle injure, et ce que vous avez répondusuffitassurémentpour la venger. — Je suis de votre avis, répondit don Quichotte : tout est permis à trois espèces de per-

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sounes , aux enfants , anx femmes , ans prâtres. Cooune ils sont toujottn sans défense , ils ne peuvent jantùs offenser : il faut qve la force soalienne l'affront pour que eet affront déshonore. Je ne conseille pourtant pas à cet honnête ecclésiastique de répéter ce qu'il a dit devant d^autres chevaliers : un Amadis, par exemple, on Galaor, pourraient îorX liiea l'écouter un peu moins patieramoit que moi. — Ah t ah ! s'éeria Saacbo, ceux-là n'auraient répondu que par un bon coup de sabre, qui vous aurait ouvert monsieur le lieencié comme im melon. Mort de ma fie! si Renaud de MontauiKin s'était trouvé la , que ser^t devenu ee pauvre ecclésiastique? il l'aurait écrasé comme une puce. >

La ducbesH n'en ponvait plus de rire, et trouvait Saneho plus divertissant et plus aimable que son maître. Enfin le dtner s'acheva. Dès que l'on fut sorti de table , quatre demoisellea se présentèrent : l'une portait une a^ère, l'autre un pot à Veau d'argent; la troisième du linge extrêmement fin, et la quatrième, les bras retronssés jusqu'aux coudes, avait à la main une savonnette de senteur. Celle qui tenait l'aiguière vint, avefrbeM»coup de grâce, la placer sous le menton de dtm Quichotte, qui, la regardant sans parler , et croyant que c'était sans doute un usage du pays , se laissa Ëire, et all<mgea son maigre cou. La seconde demoiselle versa de l'eau dans l'aiguière : edk qoi pcwtait la savonnette se mit à savtmner la barbe du héros ; et, faisant mousser fort haUlement l'eau qnet'on versait sans cesse, couvrit avec cette mousse lesjoues, le nez, jusqu'aux jreux du dodle chevalier. Le duc et la duchesse , qui n'avaient point ordonné cette céréoMHiie , se regardaient et ne savaient s'ils devaient en rire ou s'y opposer. Tout i coup la demraseUe qui savonnait toajoars se plaignît de masquer d'eau : une de ses comp^nes a alla ebercber ; et notre pauvre chevalier demeura, pendant ce voyage , le cou tendu sur l'aiguière, le visage couvert de mousK, et les paupières fermées, pour qu'elle n'entrAt pas dans ses ycitx. Tout le monde mourait d'envie de rire , mais tout le monde se contenait; et les trois demoiselles, debout, immobiles, la télé baissée, n'osaient regarder leurs mitres, qoi avaient de la peine eax-mémes à s'empêcher d'éclater. EnRn l'on apporta de l'eau; la deoioiselle acheva de laver la barbe de don Quichotte, l^cs-

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