PABTIB II, CHAP. XXIX
suya doaeement avec le linge, loi lit, ainsi que ses trois acolyte», une profonde révérence, et se retirait graveoienl, lorsque le duc, pour prénnir tout sovpçon de notre hétoa, rappela Taintable baigneuse, et lui demanda de vouloir lui rendre le même service. La demoiselle l'entendit à nieiveille; et, se mettanlà l'ouvrage, elle traita préciaéaient son maître comme die aiait traitele chevalier.
Sancho, fort attentif à tout ce qu'il vofiit, disait entre ses àenta - • Par la mardi ! je voudrais bien que ee fdt l'usage de laver la barbe des écuyers aussi bien que celle de lenis maîtres; cette cérénwDJe me plairait assez, qoand même on irait jusqu'à me ra»r.— Que dites-vous tout bas, Saacbo, M demanda la duchesse. — Je dis, madame , qu'il fait ban vivre pour ap[»endre. Jusqu'à présent j'avais pensé que chez les princes on te contentait, en sortant de table, de donoei à laver les mains : j'ignorais qu'on vint savonner la barbe ; et, dans le fond, cette coutume me parait fort propre et fort agréable. — £h bien , mon ami , vous n'avez qa'à parler, ces demoiselles voas laveront la barbe; elles vous mettroDt même au bain , si cela vous fait plaisir. — Oh , madame ! pour le bain , je vous suis fort obligé ; ce n'est guère mon usage. —"Voya , dit alors la duchesse au maître d'hôtel , à ce que l'ODdtmne à Sancbo tout ce qu'il pourra désirer. • Le maître d'hâtel promit d'y veiller, et emmena l'écuyer dîner avec lui.
Don QuicIioUe, demeuré seul avec ses aimables hâtes , parla de Dulcinée selon sa folie , et de bemicoup d'autres tiioses avec esprit et raison. Après l'avoir écouté, le due lui demanda sérieusement s'il pensait que son écuyet Sanebo fût en état de bien gouverner l'Ile dont il voulait lui faire don. • Seigneur, reprit don Qnicbotte,je dois vous répondre avec franchise. Le caractËre de Sandio est nn assemblage singulier des choses les plus contraires : il est à la f<»s bon homme et subtil, ingénu et fin, naïf et rosé ; il doute de tout et croit tout , déguise souvent une repartie irieine de sel sous nue écorce grossière ; et lorsqu'il semble dire ooe niaiserie il se trouve qn'ii vous a donné une excellente le^n. QiNnt à son cŒur, il est bon, et sa probité parfaite. Il aime la verta par instinct, sans réfléchir qu'il doit l'aimer.: naturcUemant il voit assez juste , et sa simplicité cache un grand
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sens. J'ose croire que celasufât pour faire un boo gooTerneur ; du moins , j'en conoais beaucoup qui sont loin d'avoir les qualités (le Sancho , et qui ne savent pas mieux lire que lui. En général , monsieur le duc, la science du gouTerneoient ne doit pas être si difficile qu'on l'iuiafiine : voyez la foule de ceux qui s'en mêlent, etquis'entirent passablement. Sancho s'en tirera comme eux, surtout lorsque je lui aurai donné quelques conseils. »
Dans ce moment l'on entendit de grands cris .beaucoup de tapage, et I'oq vit arriver Sancbo tout effrayé, portant an cou un tablier de cuisine, et poursuivi par une douzaine de valets, dont l'un tenait un chaudron rempli d'eau fumante, x Qu'est ceci .' demanda la duchesse ; que vouIez<vous à ce brave bomme ? — Madame, répondit un des valets, nous voulons lui laver la barbe, selon les ordres de votre excellence , et monsieur ne veut pas s'y prêter. — Non, sans doute, s'écria Sancho ; son exceHeoc(< n'a pas ordonné de prendre un cliaudron pour plat à barbe ; et celte eau bouillante ne ressemble point à la savounette de senteur dont ou s'est servi pour mon maître. On plaisante mal dans les maisons des princes ; et l'on oublie souvent que les jeux ne valent rien aussitôt qu'ils peuvent fScber. Je uc venx point de vous pour mes baritiers : le premier qui touche â ma barbe je lui applique mon poing fermé sur la sienne, de façon qu'il s'en souviendra. — Sancho a raison , reprit la duchesse en affectant un air sérieux , qu'elle pensa perdre deux ou trois fois en regardant ta mine de l'écuyer ; vous êtes tous bien hardis d'ostir contrarier un homme que monsieur le duc a fait gouverneur, et que vous savez être mon ami; laissez-le en paix, je vous le conseille , ou je vous chasse tous à l'instant. »
Cette seule parole fit fuir les valets. Sancho voulut d'abord les poursuivre; mais, par réflexion, il revint, portant toujours son tablier au menton, scjeleraux genoux delà duchesse. n Madame, lui dit-il, c'est fini : d'après la bonté que vous venez de me témoigner , je suis décidé â me faire chevalier errant , et à tous choisir pour ma dame. En attendant, je ne suis qu'un pauvre écuyer , laboureur de mon métier ; je m'appelle Sancho , j'ai une femme et des enfants; si dans tout cela vous trouvez quelque chose qui puisse vousconvenir, tout est à votre service.
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TOUS ea pouvez disposer comme de Totre bkn propre. — Il est aisé de voir , répondit la duchesse , que voua fûtes élevé dam ie centre mime de la politesse et de la fine galanterie. Vous parles et vous pensez comme le digne compagnon du plus courtois des cheraliers et du plus délicat des amants. J'en suis reconnais* saate , moa ami Sancho , et j'espère tous le prouver en pressant monsieur le duc de vous donner le gouvernement qu'il vous a promis ■
Après cet rntretieD , don Quichotte m retira .pour aller &ire sa méridienne. La duchesse invita Téeuyer à venir dans une salle fraîche, où elle comptait passer raprès>iiudi avec ses femmes. Sancho lui répondit que, quoique M>n usage fût toujours de reposer quatre ou cinq heures après son dîner, cependant il allait la suivre , et qu'il ferait son possible pour ne pas s'endormir en causant avec elle. Le duc alla donner de nouveaux ordres pour les fêtes dievaleresques qu'il préparait à notre héros.