‹ Don Quichotte de la MancheChapitre 131 sur 146 · CHAPITRE XLIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLIII

ÂAKITÉE DU PaCE DE lA DOCBESSE OkKS LA HklgOR DE THÉDËSE PANÇt.

L'exaet et véridique auteur de cette étonnante histoire se croit obligé de nous avertir que les fentômes qui punirent les indiscrétions de madame Rodigue n'étaient autre chose que les femmes de la duchesse. Âltizidore , avertie' que la duègue rendait au héros an& visite mystérieuse , avait sur-le-champ éveillé ses compagnes , qui toutes , à pas de loup , étaient venues écouter l'entretien. La belle Altizidore neperdit pas un seul mot de ce qi|i fut dit SUT ses attraits; et lorsque l'imprudente vieille osa parler avec la même liberté de madame la duchesse , Altizidore donna le signal à sa troupe, qui ne demandait pas mieux, et lit servir son zèle pour sa maîtresse à venger ses propres injures.

Ce même jour, comme on l'a vu, la duchesse avait fait partir un page pour aller porter à la femme de Sancho la lettre et le paquet de son mari. Elle avait joint il ce paquet un petit billet de sa main, et une longue et pesante chaîne d'or qu'elle envoyait à Thérèse. Le page, charmé de sa commission, prit un des meilleurs chevaux du duc, se mit en route, fut bientôt arrivé. Comme il entrait dans le village il aperçut au bord d'un ruisseau plusieurs femmes lavant du liage ; il les pria de lui indiquer la maison de Thérèse Pança , femme de Sancho Pança, ieajer d'un chevalier nommé don Quichotte de la Manche. « Mon beau monsieur, lui répond en se levant une jolie petite fille de quatorze ans à peu près , ce Sancho Pança est mon père, cette Thérèse est ma mère, et ce don Quichotte est notre maître. — £n ce cas, mademoiselle, répondit le page en la saluant, ayez la bonté de me conduire à madame votre mère, pour qui j'apporleunelettreet des présents. — Ah, monsieur! de toute mon âme. Vous apportez des présents; c'est sûrement de la part de mon père. Venez , monsieur, venez avec moi ; notre maison est il l'entrée de la rue. Ah! que ma mère va être contente! 11 y a

443 Don QUI

longtemps qa'elle n'a reçu des nouvelles de moa père , et nous

en étions bien inquiètes. •

En parlant ainsi la jeune Sanchette jette son savon , son battoiri son linge, et, sans se donner le temps de reprendre ses souliers, nu-jambes, lea cbeTeui épara, elle court, vole vers le page, lui fait une courte révérence, et le guide, toujours sautant , riant et le regardant.

A cinquante pas de la majpoa Sancliette redouble ses sauts , et se met à crier : < Ma mère, ma mère, venez, voici un mon eieur qui vous apporte des lettres et du présents de mon père hâtez-vons, venez donc, mamère. ■ A sa voix Thérèse Pança sortit avec sa quenouille au cdié, disant tourner son fuseau. Elle écaïl vêtue d'un juste gris, avec le jupon pareU , extrêmement couri pardevant. CéUit un femme d'une quarantaine d'années, encore fraîche, forte, brune , et d'une physionomie ouverte. ■ Que me veux-tu t dit-elle à Sancbette , et qu'est-ce que c'est que ce monlieurP — C'est un de vos servitears, madame, reprit le page en descendant de cheval , et venant se mettre un genou en terre devant madame Tiiéfèie; j'oee demandera votre seigneurie de me pennettre de baiser la main de la légitime épouse du seigneur don Saocbp Pança, gouverneur de l'Ile de Barataria. — Allons, monsieur, levez-vous, et ne parlez point commecela.Jene suis point une dame, mon mariu'estpuut gouverneur, nous sommes des pajnans, flis de pavsans, voilà tout. — Vous êtes la trèsdigne épouse d'un très-illustre gouverneur. Mon message auprès de TOUS n'a rien que de sérleui , madame; vous eu verrez la preuve dans ees lettres et dans ce présent. » Alors le page présente iee lettres , et met au cou de Thérèse la superbe chaîne d'or.

La mère et la fllte, immobiles, se regardent sans pouvoir parler. ■ Ha mère, dit enfin Sanchette, jegage que ce gouvernement est l'Ile que vous savez, promise depuis ai longtemps à mon père par le sàgneur don Quichotte. — Vous avez raison, made- ■noiselle, reprit le page, c'est à cause du seigneur don Quicliotte que l'on a fait monsieur votre père gouverneur de l'ile Barataria. Cepapiervousl'expliquera. — Ah, mouchermonsieur! comment faire? interrompt Thérèse; je ne pourrai jamais déchifCcei ces

Page 1