PARTIE 11, CHAP. XLIII
Quant à cette cbatne d'or fin que vous voyei è rnoD cou, c'est un présent que je reçois de la duchesse , mon amie, s
Le curé, surpris en considérant la beauté de cette chaîne, se met à lire tout haut les lettres ; Carraseo le regardait à chaque phrase , et ne pouvait en croire ni ses oreilles ni ses yeux. Après un assez loDg silence, ils demandèrent qui avait apporté tout c«la. Thérèse leur dit de venir chez elle , où ils trouveraient le Jeune et beau monsieur qu'on avait chargé du message. ■ Allons , reprit Carraseo , je serai charmé de voir l'ambassadeur de cette duchesse qui envoiedes chaînes d'or, et qui demande du gland. »
Ils suivirent aussitôt Thérèse , et trouvèrent le page dans la cour, occupé de son cheval, tandis que Sanchette allait et veuait pour faire son omelette. Étonnés de plus en plus de la bonne mine du page, delà richesse de son habit, ils le saluèrent poliment ; et Carraseo lui demanda de vouloir bien leur expliquer, comme à d'anciens amis de don Quichotte et deSancho, ce que voulaient dire des lettres qu'ils venaient de lire, où il était question d'un gouvernement et d'uue lie. • Messieurs, répondit le page, ces lettres veulent dire ce qu'elles disent ; il est certain , et je vousle jure, que le seigneur Sancho Pança est gouverneur ; qu'il a sons ses lois une ville considérable; et qu'il lagouverne, diton, avecbeancoup de sagesse. Je ne puis vous assurer que cette ville soit dans une lie , parce que je ne l'ai point vue , et que je sais assez mal la géographie. — Hais , monsieur, cette duchesse qui écrit à madame Thérèse... — Cette duchesse, messieurs, est l'épouse du duc mon mattre ; la lettre que j'ai portée est de sa main. Si sa politesse et son af&bilité vous surprennent tant j'en conclurai que nos grandes dames d'Aragon sont plus polies et plus affables que vos grandes dames de Castille. — Vous nons permettrez, reprit Carraseo, d'être au moins un peu surpris, et de vous demander encore s'il n'y aurait pas de l'enebantement dans cette aventure, comme dans presque toutes celles qui arrivent au seigneur don Quichotte. — Je ne vous entends point, mes> sieurs, et ne puis vous en apprendre plus qne les lettres ne vous en apprennent. Je vous répète qu'elles ne contiennent rien qui ne soit absolument vrai.
< — Sous doute, sans doute, s'écrin Thérèse ; et toutes ces ques-
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lions lOiit fort inatileg : ne btiguez pas ce beau moDEimr, et occupons-nous de choies plus piaséei. Uonsieor le curé, tâchez de savoir, je tous prie, s'ii n'j a pas quelqu'un du nil^e qui aille i Tolède on à Madrid , pour que je fasse venir une belle robe, une coiffure de dentelles à la mode, et tout ce qu'il faut è la femme d'un ganverneur. Ah ! je ne veux pas faire honte à mon mari : je veux l'aller joindre dans on bon carrosse comme les autres; et si l'on ai jase on fn jasera. Que m'importe P — Pardi ! ma mère, reprit Sanchette, vous seriez bieu bonne de vous gêner pour les jaseurs : laissez'les parler, et allons notre train ; nous leur ' dirons bonjour de la portière. S'ils rient nous rirons plus fort , et nous rirons plus è notre aise. Les moqueries des jaloux sont de bon augure. Il vaut mieux faire envie que' pitié. Quand ou n'a besoin de personne on est bien fort ; et la brdiis sur la colUne est plus hante que le taureau dans la plaine.
■ — £nv^ité,inCerrompt le curé, toute cette famille des Pançi vient au monde en disant des proverbes. —11 est vrai, reprit le page , que monsieur le gouverneur en sait beaucoup; et ce n'est pas un des moindres plaisirs que madame la duchesse trouve à s'entretenir avec lui. ^-Nous voudrions bien connaître cettedu* chesse, dit le bachelier Carrasco. — Il ne tient qu'à vous, répondit le page; vous n'avez qu'à venir avecmoi. — Ce sera moi qui irai, s'écria vivement Sanchette; je meurs d'envie de voir mon père, et je serai charmée de voyager avec un aimable monsieur comme vous. Prenez-moi sur votre cheval; je sais bien me tenir ea croupe ; n'ayez pas peur que je tombe. «
Le page lui représenta que cette manière d'aller ne convenait pas à une jeune personne de sa qualité. Nadame Thérèse en coD' vint. Pendant cette conversation Sanchette n'avait point fait son omelette ; le curé pressa le page de venir manger un morceau chez lui. Après qudques refus, il y consentit; et tandis qu'il dînait an presbytère, Thérèse s'occupa de répondre aux lettres qu'elle avait reçues. Carrasco lui offrit d'être son secrétûre; mais elle ne l'acoepta point parce qu'il aimait un peu trop à se moquer. Elle alla chercher un enfant de chœur, qui, pour quelques œu^ frais qu'elle lui donna , écrivit ses réponses sous sa îictée.
Pl^BTIB II, QALP. XUV. 4-lT