‹ Don Quichotte de la MancheChapitre 38 sur 146 · CHAPITRE XXVIl · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIl

GRANDS ÉVËNEHENTB DICNEB D'ÊTRE nACO^T^.

Maître Nicolas applaudit à rinvènlion du curé, qu'il vonlut exécuter sur l'Iieure. Il emprunta de la femme de l'aubergiste un corps de jupe avec une coiffe ; quant à lui , pour se dégui* ser il pensa qu'il lui suffisait de s'attacher au menton une barbe de quene de bceuf, extrêmement rousse et touffue, qui appartenait à l'hdie, et dont le barbier s'empara sans en demander permission. L'hâtesse voulut savoir le motif de ces défpisements , et , d'après ce que lui dit le curé de la folie de don Quichotte, elle reconnut le chevalier du baume , et le maître de l'écuyer berné. Alors elle ne manqua pas de raconter tout ce qui n'était passé dans l'hôtellerie, sans oublier l'aventure que Sancbo prenait tant de soins de eacher. Tout eu parlant elle

liitk hmrèa l'Unito' « doMiMlle, l'iiUibit d^ jipM ilr ilnip tiillBiir rk InrBrn hw4ri ■wirrw , t» iTiw MrM4e«e- Uan vert, giloiiDé de aaà» Uaac, 4«Mnibbiei«kf«r<éié fiÉb éqwia ie rtgiM dv r«i Waodn. l« ewri ne vwlst feùt 4e le flotte; il mit senleMeKWi petit boBMtdetailcfi^HtawB lequel il «odokiit, le serra «r«OB fraw «wc on leag mil nu 4> tttffetMnoir, iloDt«iief*rlie lai voilait te ««âge, A parJetnM le loat (■tfoaça sm grand «baçeaa nkaik, qai l«i aemit de parasol. Daos cet équipage, eapelefipé idan mb ■oatMa, il Mwta sursaanule àlaowBtère deefaiiaeii. Le tarbitr monta av Ja siatoe , aMM de aa langMkeito nMBse ; «t teai 4evx fn- MBt rni^é de l'anliMyHe, 4e sa famnn, at de HaritMne, ^ praMit de diic wm iw^bk paar Itouaeui «aoeèi 4e km «mtreprâe.

Sancba, ^ les atleadijl «adebon,ne ^ s'«nipêelMr4e dn ea te voyaut. Us l'iastowairant ide iear pnofet, qa'iis lui pfésentiKDt ooaiiiK le aeal mofta d'anacher daa QwdMne à aea dàertt, poar qiàV «'«ocapit saMfriAMnr de 4eveHr «■pcrear et de rtaonniepger aaa iaijtK. Saacho te tniiwii , preait i* secret , recommaDda sortoat an curé d'caipéeber >oa mtÊtn d« M &ire arctaeTËque , et prit avec eux la route de la Sierra-Morena. Ils arrivèreat le mioK soir à l'entrée des montagnes, ou ils passèrent la nuit. Là le «uré fit part i son ami le barbier d'un scrupule qui le tourni entait : il lui semblait qu'il était peu décent à un ecclésiastique d'aller ainsi déguisé en femme. D'aprti cette réOecioii , il pia maCtra Nieras de se Cimier dn rtie de la demoiselle, en loi WmaMvelui 4e i'éen^, «bat )• gravité serait moins blessée. Uaftre Néoolas coaaenlit «i trac, nmit au «nré la f^a«4e liai^; «t., ae mnlaM sliafeilin aa feetime qae lorsqu'il serait près farrirar. il ftt ■■ |uq«Kl 4e la jape «t dv beau corset de «eleun. fje iMideaiaiii matia as pav saÎTkent leor roate; et Sancho , fai te gmdnt, leur noaate Faventore^eCardmio, sansfiarlff teepeadastiirt paareaaae, des écns d'or trouvés da«s la vbHsb. Ils fatwtereat-enBa i f endroit où te genêts coapés indi^uient ie «iiMiia. Oa ût halle iwor tenir conseil : il fiit déeidé<|(reSa»aho irait «■ avant readre compte à doD Quichotte 4e son ambassade à Ddanée; qa'il hii

PïsriE I, ctup. Txvii. lay

dinit ^(M Mlle inae n'amit pa lui répondre ^e de bouClre, pftr b ruwn qu'rile ne smBït pas éciwe; mais qa^Tle ordonuit à son ctteTalier, souB peine de son întiguNtion , de se rendre aBEÛtfit près ifdle. Sancho pronrtt de revenir iDStnnre te «■lié des prejets de son niatVe, R laissa ses deux compagnoDs dans DM fnririe «nibragée de ^nds aibres «t arrtsée d^»

ClétaitMmoisifantltjWRles troiEbaiTesdeTi^rèa-inidi, au nMMent ei ta dntntr «st le phs forte. I« carè et le barbier, anisàl'onbRSuk t>«ml4ereaQ,atteiidnieM paisiblement le retoor 4a fidèk entier, torsçirSs emendirent près d'eui une n>ii 4|ui (^DBlatt awcait etjngtesae, non pasune chanson mstiq*t, DMîsiaroBiaMeqs'onvaKre :

Triste ranger de la DKHibgDe,

Quel mannurBpii te ravir

Ta d«noe «t Adèle campagne ?

rs ne l'uiplin, 1ti<*cax moar^.

Jetuiaseiil, el je vtsencori AbaBdonnaa! Im verts booiges.

Dans lesdéKrtatu nens#teir, Sur lapointe des roce unMgas Ta répMes : Je veux iDoiirir.

Dèa kniglemps le mal qui me presse Me bit ici cherdier la mort; Ooomie toi, jeine pluns hids cesse D'être seul et de vivre ciimt.

Ta fois , ramier ; ma triste plainte Te lasfe mlieu de l'atlendrir; Solitaire tm% cette eitccintï.

Ta «onlai» te iflmdre el mmirir, DeoMin, qoand le jour fiendra laire,

L'heuK , le lieu , la beauté de la voix , augmentaient la aur-

140 DON QDICHOTH.

prise dti barbier et du curé, quî, se levant aussitât, s'avancèrent vers une collinfe d'où renaient ces doux accents. A peiae avaient- iisfaitquelques pas, qu'ils découvrirent sur unrocheruD homme semblable à celui que Sancho leur avait dépeint en racontant l'aventure de Cardenio. Cet homme les aperçut^ et sans s'échapper, Stins montrer aucune colère, il demeura dans Ja même place , la tête penchée sur s» poitrine , comme quelqu'un qui médite. Le curé , ne doutant p)]int que ce ne fût ce Cardento dont il savait déjà l'histoire , s'approcha doucemenl , le salua , lui Ht entendre qu'il était instruit de ses malheurs, et sut mêler dans son discours, aux expressions d'un tendre intérêt, les coDSolatioos plus grandes qu'un ecclésiastique pouvait offrir. Cardeaio jouissait alors de sa raison. Surpris d'entendre au milieu de ces déserts un langage aussi touchant, il répondit avec politesse : " Je vois bien que le ciel n'abandonne point tes misérables, puisqu'il daigne m'envoyer un ange de paii qui sait me rappeler mes devoirs sans être insensible à mes peines. Ne me jugez pas trop sévèrement , messieurs ; ayeï quelque pitié d'un pauvre insensé : je le suis , Je le sais bien ; ma faible raison ne me luit que dans de courts intervalles. J'apprends alors avec une douleur vive que sauvent j'ai fait du mal : j'en verse des larmes de repentir. Mais ce repentir est inutile : je retombe dans mon délire , J'offense de nouveau ceux que je voudrais servir. Hélas ! je n'ai qu'un moyen de me faire excuser , c'est de dire ce qui m'a réduit à cet état déplorable : Je raconte mes malheurs à tous ceux qui veulent les entendre. Il faut bien que l'on me plaigne , et l'on me pardonne alors. Si vous venez avec ceûe intention. Je vais vous faire ce récit. ■

Nos voyageurs, qui ne demandaient pas mieux , acceptèrent son offre avec reconnaissance , et s'assirent près de Cardenio, qui recommença son histoire, presque dans les. mêmes termes qu'il l'avait dite à don Quichotte lorsqu'elle fut interrompue par notre Itéros , un peu trop chatouilleux sur l'honneur de la reine Madasime. Cette fois il n'y eut point d'interruption ; et Cardenio raconta que Lucinde lui avait envoyé , dans le volume d'Amadis de Gaule , le billet suivant :

FIRTIB 1, CHAP. XXVIl. 141

Ltteinde à Cardenio.

• Chaque jour je découvre ta vous de nouvelles qualités qui • m'imposent l'obligaiion devons aimer davantaj;^. Comme je > désire vivement de remplie cette obligation Jaas toute sonéten- ' due , je TOUS prie d'en parler à mon père. Il vous estime, il « mechérit: TOUS réglerez sûrement ensemble comment je peux 1 acquitter toutes les dettes de mon cœur. ■

« Je montrai ce billet à don Fernand, ajouta Cardenio ; je lui vfm&ai que je n'osais prier mon père de demander la main de Lucinde, parce que je savais qu'il était décidé à ne point me marier avant que le due Richard se fût expliqué sur ce qu'il voulait (aire pour moi. DonFernand me répondit qu'il se chargeait de parler à mon père, de le déterminer à cet hymen, d'aplanir toutes tes diflicullés. Traître, perGde, homme sans honneur! tu méditais déjà ma perte quand je t'ouvrais mou 3me avec confiance! Que t'avais'je fait, cruel? je t'aimais, je t'estimais : j'étais si loin de soupçonner que le jeune , l'heureux Fernand , à qui ses richesses, son rang, ses qualités personnelles rendaient si fadie le choix d'une épouse parmi cent beautés qui briguaient SB main, oublierait la vertu, la pudeur, la l>oDBe foi, pour eolever â son ami le seul bien qu'il edt au monde? Mais de quoi vais* je me plaindre ? la fatalité de mon sort forçait don Fernand â ce crime affreux.

' Le perfide, pour venir â bout de ses coupables projets, commença par m'éloigner. Il me pria d'aller chez son frère chercher de l'argent dont il avait besoin. Il m'assura que pendant ce temps il agirait auprès de mon père. Je le crus , je l'embrassai avec des larmes de reconnaissance. Lesoirmâmej'allai voir Lucinde, à qui je rendis compte des promesses et des bontés de Fernand. Elle n'en douta pas plus que moi , n^rda notre hymen comme certain , me pressa de revenir bientôt. Je ne sais pourquoi cependant une profonde tristesse , des pressentiments douloureux, se mêlèrent à cet entretien. Jamais Jusque-là nos conversations n'avaient été troublées par le moindre nuage , jamais aucun reproche , aucune jalousie , aucune inquiétude n'avaient altéré le bonheur suprême dont je jouissais en la voyant.

14! non QniCHOTn.

Je ne Ini parlais que de sa béante , de s(»i esprit , de ses vertus adorables ; elle me louait aussi ; et l'amour, qui donnait seul et recevait ces éloges , les exagérait souvent , sans les rendre dangereux pour l'orgueil, nous nous racoutions, nous nous répétions mille choses de peu d'importance, que nous écoutions avec délices, parce que nous les disions. Dans ce dernier mtrelien nous ne pdmes , hélas ! que pleurer. Je laissai Luciode presque évanouie; je me relirai plein d'effroi.

• Je ptnis )« lewleniaia ; j'ariivai chez le frère de Fcmiud , » qal je remis une lettre. Il ne f eçvt avec anailié ; nais il im relut phisiMirs jeiHs : U exigea même (te moi que je ne panase poiH devifit mn père , aaoi prAeiW q«'il «vut basai* 4e pfémïtioDs f(WT eaveyer à sou frère l'aident q«'il lai àeaaaaéiH. i'obéiB, qiMiq«c avecrépugaance. raoewlis quatre jo«raeBtiert; et l'-éais sur le point de rebmaer («s de LooiiHle., ^vasd Ha boDiDMipied, Inletaot, se |>réscnai toat à coup àmo^, et se pressa de raconter que, paanstpir l>Bsai<d4Bn dm me, vers le Midi, une très-belle fenvie l'avait «fpeté far sa éÉaêtiv, et tiri avait dit ea saogiotaBt : ■ Han Mrs , à vow Ats ehnétiM, je va«i demande , au nom de Die*., de farter aar-it^àaatpt le plos vite que w«s peuitet, ce biUet à sea adrerae-A «s sots, sjoute-t-4l, elle m'a jeté ce papier, et^ moneboir oàj'ai trouvé cent réaox , avec oette bagoed'ar. Je n'ai«n qae la tÊÊOfs de répondre que j'allais faire ce qu'elle désirait. Elle a fcnné la fenêtre ; et moi , plus tooehé de ses larmes q«e de ses f relents , je me suis ihù aussitdt m roMte , «I j'ii frit «a Mise bcana dixbtHtiieMS.

• rmnrisla lettre prfaipitanif t; dfc «wiwait km aaets :

• PonFernaad, Beh««apiwiMiw,aiait partertwwapère,

■ nais pour Mimtmt, et nan peaa- vans. Il a deaisodé as

■ main. Mon père, Aleeé piroetMaH(>nae,Bdaaaé ssfanle

■ àFemand. Je<iois fépoàaer «tt seeKt.dansnetiieHiimi,

■ devant les seuls téaieiBsaéeettaiMt. Vous pouvez (nnpreadpc > ceqae je souffre. J'ai ftis «01 pani'MpBndant : iloaupNM- « veri si je tms «iiwer. •

■ Je deraenrai tremblante cette ledare , «ms jambes se pouvaient uM soutenir. Dieatôt ia Ëareur aie pendit et ama covrage

PABTIB l> CBJkT. XXVII. 143

et KHsftiTCM. 1» mwrtaàaw UBe Muk, «t > NvoM *en Lucùide ; mm je s'anirai q»'à la nuit. Je cwmus à !• {•DJtre de na mattresse : heureusement je l'y trouTaï. Cardeoio . ne lUt-clle , je n'ai qa'aa iostKit ; écoviec-iDoi bML Me voilà déjà parée pour la DOC». Lstrittre FeniaBd, manfére M les ténMuns , in'aneDdent dans la salle {waebiMie. Voici ta denùire reposa* qiw Totr* amaale compte leur faire. Alorsi elle me &t voir hb poignard, et disparut comme au éelair.

> Troublé par ces derniers mots, anxi|uels j> m pus ré^ndre, aa désespoir , hors de moi , j'allai droit à la parte de la maison de Lueinde : elle était ouverte, j'eidrai. PcrsoBoe ne m'aper^t an milieu du tum^tft<)ui v^^iait dans la maison. Je parnos ïusqa'à la salle où l'on attendait les aouveauié^ux. Là, je me rais dans une embrasure, presque «aehé tout eatiei par deux rideaux de tapisserie. La salk était très-éclairée, pleine de domestiques. DonFernand entra le premier, suivi d'un cousin nnraaiQ de Lucii^e, qu'il avait riHHsi païur témoia. Jen'avals point d'armes , je contins ma rage. Un momem a|>rès je vis paraître Lueinde , acoompagnée de sa mère et de deui de ses femmes : elle était couverte de pinreries , et portait une robe blaocbe mêlé* de couleur de chair. Pardouoei-moi ces détails, tout était tii>> portas! pour moi , tout m'est présent ; m» mémoire fait à la f<»s mon supplice et ma etmsolatiou,

0 Leeurédelaparoisse ne tarda pas à venir. U joignit les mains des époux, et dità Lueinde, selon l'usage : ■ Àcceplei-vous pour mari le seigneur don Femasd que voilà 7 > Alors j'avançai ta tête, et j'attendis, sans respirer, la réfioose de Lueinde. Ah ! Luciode! Laùnde ! qui l'aurait pensé? ApréB ce qa'dte m'avut dit, après les serments qu'elle m'avait faits, après la certitude où elle était que moB repos, om» bonbeur , ma ne , allaiatt dépendre d'un mott... KNheureui que je suis 1 et j'ose ma plaindie ! moi qui fae assea Ucbe , assez vil pour ne pas me montrer alors , pour ne pas m'écrier : Luciode , tu ne peux disposer de toi , tu m'appoitiens , nous sommes l'un à l'autre; les nceuds les plus saints nous unissent. On te eomnunda uu parjure ; tu vas pronoucM' l'arrêt de ma mort ; conserve-moi le jour, Lueinde , en l'épargnant un horrible crime!... Et je ne l'ai pas fait , et je ne m'é>

Page 1