‹ Don Quichotte de la MancheChapitre 44 sur 146 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

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■ Vous saurez d'abord, messieurs, que je m'appelle... ■ A ce mot la princesse s'arrêta , parce qu'rlle ne se souvenait plus du nom que le curé lui avait donné. Celui-ci , devinant son embarras, reprît aussitôt :■ — 'Madame.iln'estque trop simple que votre altesse soit troublée en rappelant ses infortunes : elles sont

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tà\ts , que votre écuyer m'a dit que tout l'empire de Micomieor pleurait sur votre destinée , et que personne sur la terre n'élail aussi malheureux que la princesse Micomicoua. — Hélasl monsieur, répondit Dorothée, vous avez pénétré le motif de mon trouble : je me crois remise à présent , et j'espère pouvoir achever ma triste et déplorable histoire.

■ Mon père, souverain paisible du grand empire de Hicomicon, s'appelait Tinacrio le Savant. On l'avait ainsi surnommé, parce qu'il Était fort habile dans la magie. Il découvrit par sou art que la reine ma mère, nommée Xaramille, devult mourir avant son époux , et que lui-même bientSt me laisserait orpheline. Ce qui lui causait le plus de chagrin , c'est qu'il connut en même temps, par ses lumières Garnatarelles, que mes États seraient envahis par on effroyable géant, roi d'une grande tie voisine , et nommé Pandafilando des feux louches, parce qo'en effet, quoique ses yeux soient droits , il regarde toujours de travers pour inspirer plus de frayeur. Mon père prévoyait encore que je IMUvais éviter le malheur de me voir chassée de mon empire, » je voulais épouser PaiidaKIando; mais il était bien sûr que pour rien au monde je ne me résoudrais à devenir la femme de ce géant, nid'aucun autre, quelquegrand qu'il fût. Tinacrio me conseilla donc de fuir aussitdt qu'il serait mort, de m'enibarquer pour l'Espagne , où je trouverais le seul guerrier capable de me défendre ; il ajouta que ce béros , mon vengeur , s'appellerait don Gigotte ou Quichotte ; qu'il devait être grand de taille, maigre, sec de visage, et qu'il aurait vers l'épaule un seing noir marqué sur la peau. >

En cet endroit don Quichotte appela son écuyer : • Mon Gis, dit-il, d es habi Ile-mol tout à l'heure. — Pourquoi ^ire? s'écria Dorotliée. — Pour voir , madame , si je suis celui que votre père ^désigné. — Ce n'est pas la peine, répondit Sancho ; je sais que vous avez un seing au milieu de l'épine du dos. — Cela sufBt, reprit la princesse , et justice pleinement la prophétie : d'ailleurs avec ses amis on n'y regarde pas de si près ; les traits, U ligure , la taille, tout se rapporte, seigneur don Quichotte ; c'est vous que le delà dioisi pour me rétablir sur mon trdne; et je n'en ai pas douté lorsque, débarquant à Ossone, le bruit de votre valeur.

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si célèbre, non-seulement en Espagne, mais encore dans toute la MaDche, m'a promptemeot avertie 'jue vous seul pouviez me saaver.

« —Madame, je ne comprends pas, interrompit don Quiehotte, que vous ayez pu débarquer à Ossone,où jamais il n'y eut de port. — Sans doute, reprit le curé , la princesse a voulu dire qu'après être débarqoée à Malaga, c'était à Ossoae qu'elle avait, pour la première fois, entendu parler du grand don Quicbotte. — C'est la vérité, répliqua Dorotliée; excusez une étrangère, qui ne s'exprime pas bien. Je dois encore vous faire savoir que mon père Tioacrio m'a laissé un écrit cbaldéen ou grec, que je n'ai pu lire , par lequel il m'ordonne , aussitSt que le cbevalier prédit aurait tué Paiidafilando, de l'épouser sur-le-champ et de le mettre en possession de mes États et de ma personne.

« — Eli bien, Sancho, que t'en semble ? dit don Quicbotte avec iinaam'is:entends-tucequ'on me propose! Avais-je tort ou raison? As-tu toujours peur que nous ne manquions de royaumes et de princesses à épouser.^ — iVIa foi! monsieur, je conviens de tout, répondit Sancho, plein de joie, et bienfou serait l'étourdi qui ne ferait pas la noce aussitôt après avoir tordu le cou à ce grand monsieur Pendardo. La mariée n'est peut-être point assez belle, n'est-ce pas ? Ah bien oui , ma foi ! je ne demande qu'une chose, c'est que toutes les puces de mon lit lui ressemblent, >■

En disant ces mots, le bon écuyer fit un entrechat dans l'air, et courut se mettre à genoux devant Dorothée en lui demandant sa main à baiser. Dorothée la lui donna , lui promit de le faire un très-grand seigneur dans son royaume , et termina son his* toire en disant que du nombreux cortège qu'elle avait en partant de chez elle , un seul écuyer lui était resté ; que tous les autres avaient péri dans une horrible tempête , dont elle-même, avec l'écuyer barbu , ne s'était sauvée que sur une planche. Don Quichotte conlirma de nouveau sa promesse de ne point se séparer d'elle qu'il n'edt fait voler la tôle du perfide Pandafllando. ■ Après cette victoire, ajouta-t-il, que vous pouvez regarder comme sûre, je vous laisserai, madame, maîtresse absolue de votre personne, tant que montristecŒur dépendra de la cruelle que j'adore, de c^e qui, depuis si longtemps... Il suffit, je u'at

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