PIBTIE I, CHAP. \2LX. ICI
puisdirepluB; mais les nœuds d'hymen me sont ioterdits, quand le pliéDU même voudrait m'éjiouser.
«—Vous avez doac perdu l'esprit, monsieur ? interrompit Sanclio en colère ; que diable dites-vous donc là f Comment ! vous serieE capable de refusercelte belle dame avec le royaume qu'elle a la bonté de vous offrir ; et tout cela pour les beaux yeux de madame Dulcinée! Vraiment, c'est une jolie fille ù mettre en comparaison! Qu'elle aille se (Mclier, la laide! elle n'est pas seulement digne de déchausser madame la princesse. Ah ! si vous allez ainsi cherchant des truffes dans la mer, j'attraperai joliment le duché que vous m'avez promis. Eh , monsieur I mariez-vous , mariez-vous , croyez-moi, et sachez prendre la balle
Don Quiciiotte ne put entendre ces blasphèmes sans un transport de fureur : il lève aussitôt sa lance, et la fait tomber si fort sur Sancho, qu'il jette à terre le pauvre écuyer. • Isfîïme paysan, lui dit-il, croyez-vous donc que toujours je vous passerai vos sottises ! Misérable eicomniuuié , qui au moins méritez de l'être pour avoir osé mal parler de la divine Dulcinée ! Et ne savez-vous pas, faquin, sot, bélitre, langue de vipère , que toute ma valeur me vient d'elle seule; que sans elle je ne ponrrais rien; que c'est elle qui m'anime, combat, triomphe par moi, et que je ne vis, n'existe, ne respire (]uc par elle? Méchaot, lâche, ingrat écuyer , que j'ai Ciré de la poussière pour le foire comte ou marquis (car je regarde cela comme fait), vous osez dé(â médire de celle à qui vous devez votre élévation ! ■
Sancho s'était réfiigié derrière le palefroi de la princesse, d'où il écoulait en silence tout ce que disait don Quichotte. Dorothée implora sa grflce , et fui assez heureuse pour l'obtenir. < Allez, dit-elle au triste écuyer, allez baiser la main de votre maître, et lui demander pardon d'avoir pu oublier un moment le respect que vous deviez à cette illustre Dulcinée que j'honore sans la connaître, et que de bon cœur je voudrais servir. -Notre héros, apaisé par ses paroles, consentit à pardonner à Sancho, lui donna sa bénédiction , et lui recommanda fortement d'être plus cir-
Au même instant on vit sur la route un homme qui paraitsait
1G3 DON QtlICUUITR.
£tre un Bohémien, monté sur un âne gris. SaDcho , dont le coeur palpitait toujours dès qu'il apercevait un &ae, eut à peine considéré celui-ci, qu'il crut reeoniiaitre le sien. Ce qui confirma ce soupçon , c'est que le prétendu Bohémien était Ginès de Passamont, le même qui l'avait volé dans la Sierra-Morena. ■ Ah ! coquin de Gioésille, lui cria notre écuyer, rends-moi mon bien , rends-moi ma vie, ce que j'ai de plus cher au monde, mon amour, ma seule joie; rends-moi mon âne, voleur! » Ginès, qui reconnut Sanclio , et qui le vit si bien accompagné , ne se le fit pas dire deux fois; et sautant aussitôt par terre , il s'eofuit à travers les cliamps. Saneho était déjîi près de son 9ne;il l'embrassait, il le baisait avec des larmes de tendresse : « Te voilà donc, lui disaitil, mon compagnon, mon ami! comment t'estu porté, mon enfant? comment as-tu pu vivre sans moi? û le biea-aimé de mon cœur! >> L'âne se laissait caressersaos répondre une seule parole. Tout le monde partagea la joie de Sancho ; et don Quichotte l'assura qu'il n'en aurait pas moins les trois ânons donnés par la lettre de change. Quand les transports de l'écuyer furent calmés, son maître lui ordonna de marcher un peu en avant parce qu'il voulait lui parler en particulier.