‹ Don Quichotte de la MancheChapitre 57 sur 146 · DOS QUICHOTTE · texte numérisé non relu

DOS QUICHOTTE

nous nous abaadoDnâmes à lui. Je répondis à Zaraîde que noire grande entreprise était déjà commencée ; quesa bonté seule pouvait en assurer le succès : je lui renouvelai mes serments ; et je reçus d'elle en peu de jours plus de deu:t mille écus d'or, dout nous remîmes une partie au renégat. Bientôt la jeune Maure m'écrivit que le vendredi d'après elle irait s'établir au jardin de son père. A l'instant même je me rachetai par le moyen d'un marchand valencien , qui Gt semblant de me prêter huit cents écus que le roi demanda, fies compagnoDS se rachetèrent avec les marnes précautions ; et , grâce aux générosités de Zoraïde , nous étions libres la veille du jour qu'elle devait aller au jardin. -

CBAPITRE XLI.

■ Fendant ce temps, notre renégat s'était muni d'une excellente barque, capable de contenir trente persouoes. Afin de mieux cacher ses desseins, il fit quelques voyages sur la côte avec le Maure qu'il avait pris pour associé. En allant et venant, il s'arrêtait toujours dans une petite anse , éloignée seulement de deux portées de fusil du jardin de Zoraïde, et venait même jusque dans ce jardin demander des fruits à son père , qui n'en refusait à personne. Je m'assurai de mon côté d'une douzaine de rameurs esp[^no1s, braves, fidèles , déterminés, que je m'attachai par des présents. Tout étantdisposé, je leur donnai l'ordre de se rendre le vendredi suivant , vers le soir, auprès du jardin d'Aginioralo , d'y venir un à un par différents chemins , et de m'attendre dans ce lieu. Cela Tait, je ne m'occupai plus que d'avertir Zoraïde , afin qu'elle fdt prête à partir, et que notre présence ne reSrayàt pas.

« J'allai nioj-même au Jardio , sons prétexte de cueillir des herbes. La première personne que je rencontrai fut le vieui Agimorato, qui, me parlant dans un certain langage mêlé d'arabe etde castillan, assez usltédans la Barbarie, me demanda ce que je cherchais. Je suis esclave d'Arnaute Mami, répondis-je dans le même langage ; et comme vous êtes l'ami de mon maître, j'ai

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pensé que vous me permettriez de veair preodre une salade. Au moment même parut Zoraide qui m'avait aperçu de luin. Je ne l'avais jamais vue, et mon cœurla reconnut. Le transport qu'elle me causa venait bien moins de son éblouissante beauté que du sentiment de respect, d'amour, de reconnaissance , que m'inspirait cet ange sauveur. Mes yeuK admiraient ses traits; mais elle edt été moins belle, que je l'aurais de même adorée. Je dissimulai de mon mieux ma vive et tendre émotion. Zoraide avançait lentement; son père lui cria d'approcher. Les Maures, si jaloux entre eux , ne font aucune diCecullé de laisser voir leurs femmes ou leurs filles aux chrétiens. Je contemplais en silence cette charmante Zoraïde dont les oreilles et le cou étaient couverts de diamants; des bracelets d'or, incrustés de pierres précieuses , brillaient à ses bras , à ses jambes nues , suivant l'usage de son pays ; etsa robe était brodée des^plus grosses perles de l'Orient. Pour juger de ce qu'elle était avec desornemenis si beaui, regardez ce qu'elle est encore après tout ce qu'elle a souffert.

s Dès qu'elle fut près de nous, Agimorato lui dit en arabe que j'étais escUve d'Amaule Mami. Chrétien, reprit-elle alors en bayant le langage mêlé dans lequel son père l'aidait , pourquoi nete rachètes-tu pas? — Je me suis racheté, lui répondis-je, mais ma rançon n'a pu être payée qu'aujourd'hui, parce que mon maître a demandé milleetcinqcentsfof/amif. — C'est trop peu, ajouta-t-elle avec un sourire; si tu m'avais appartenu, je ne t'aurais pas donné pour trois fois ce prix. Vous autres chrétiens , vous vous faites toujours pauvres , et vous vous plaisez à tromper les Maures. — Je ne sais point tromper, répliquai-je , et l'on' peut compter à jamais sur ce que j'ai dit une fois.

> Zoraide rougit à ce mot, baissa les yeux, et reprit d'une voix plus douce : Quand pars-tu, chrétien? — Demain, à ce que j'espère, sur un vaisseau fronçais qui doit m'e m mener. — Pourquoi n'attends-tu point un vaisseau espagnol? Ces Français, dit-on, ne vous aiment pas. — Il est vrai , mais je suis pressé de retourner dans ma patrie, dem'y voir avec les objets chers à mon cceur. — Tu es marié, sans doute, et tu désires de rejoindre ta femme? — Je ne suis point marié, mais j'ai promis la foi de mariage h quelqu'un que j'aime plus que ma vie , et que je dois

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