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comme la dioid , jettent sur moi des essences , me couvrent ensuite d'un TOile de lin parfumé , d'un manteau bordé de rubis , et me conduisent dans une autre aalle , où l'on me sert un repas exquis. J'entends, pendant ce repas, une musique délicieuse, sans pouvoir deviner d'où elle Tient. La table disparaît : je vois arriver une dame beaucoup plus belle que totites celles que j'ai rues , qui vient me raconter comment elle est enchantée dans ce beau eliSteau, et me révéler des secrets qu'il ne m'est pas permis de vous dire. Aussi je m'arrête là ; et je me borne à vous conBer que la Bn de cette aventure me rend mattre d'un grand empire , et me fournit les moyens d'exercer ma litiérallté naturelle en donnant un petit Ëiat à mon tidèle écuyer.
• — Oui, messieurs, s'écria Sancho d'un air fier, t'est par là que nous finirons , en dépit de tous les envieux ; et une fois roi ou duc , je vis de mes rentes , j'afferme mes terres , et je ne fais plus que ce qui me plait; et ne faisant plus que ce qui mep1att,je vis à ma fantaisie ; et vivant à ma fantaisie , je suis content ; et étant content , je n'ai plus rien à souhaiter ; et u'ajant plus rien k souhaiter, tout est dit : jusqu'au revoir! comme se disent les aveugles. -Voilà ma façon de penser. ■
Sancbo boit un grand verre de vin en achevant ces paroles , et lance des regards terribles sur maître Nicolas et sur le curé. Mais tout â coup le son lugubre d'une trompette attire l'attention de don Quichotte , qui se lève précipitamment pour v<Hr d'où peut veuir ce triste bruit.
Depuis longtemps la terre, altérée, demandait au ciel de la pluie : les habitants de la campagne faisaient des neuvaines et des processions pour obtenir la fin de la sécheresse. Une paroisse voisine revenait dans ce moment d'un ermitage où son curé l'avait conduite ; la plupart des villageois étaient vêtus en pénitents blancs, et portaient surnn brancard la figure d'une vierge, couverte d'babits de deuil. Don Quicliotle, en voyant ces pénitents ,
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cette vierge, cette grande troupe, s'iruagioa Eur-le-champ que c'étaient des malandrins qui enlevaient une jeune princesse dont la délivrance lui était réservée. Aussitôt, et sans qu'on puisse l'aiiéter , il court à Kossiuaote , prend sou bouclier , son é|iée , monte sur son bon dteval , et se rapprocliant de h compagnie : > C'est aujourd'hui , s'écrie-t-ii , que vous strez fovcés d'avouei combien de ciievaliers errants sont utiles dans le monde. Vous la voyez, cette infortunée, que des méchants entraînait captive ! Que «levieadrait-elle , je vous le deoiande , si son. bonheur ne m'eût conduit ici ?" A ces mota il pique des deux, pr«nd le galop, court aux pénitents- <
Le curé, le chanoine, maître Nicolas, Sancbo lui-même, eurent beau crier : Arrâtez , seigneur don Quicliotte l vans attaquez une procession, vous allez contre la foi eatholit^; pre< ne»; garde, monsieur, c'est lasainte Vierge, c'est ISetwDame 1 ne badinez pas , seigneuc don Quichotte ! Hotre héros n'écoutait rien. 11 arrive près de l'image, et d'une voix de tonnerre : • 0 vous, dit-ii , qui , sans doute pour de coupables motifs , cachez vos figures sous ces linges blancs , arrêtez , et prêtez l'oreille. > Les quatre pénitents qui portaient l'image s'arrêtèrent tout étonnés . Un des ecclésiastiques qui ehautaieut les liUnies s'inteicorapit pour r^ondre au chevalier : • Mou frère , nous sommes las , et la chaleur nous accable; dépËchez-vous de parler si vous avez quelque ohose à nous dire; mais tâchez de finir en deux mots. — Un seul suffira, reprit don Quichotte : rendez tout à l'heure la liberté à cette jeune et belle princesse, dont les larmes, les tristes babils prouvent assez que vous osez lui faire une indigne vio-. leuce. Sachez que je suis au monde pour empêcher, pour purùr ces crimes ; et je ne souffrirai point que vous avanciez un seul pas avant de voir libre cette prisonnière, v
Un éclat de rire général fut la seule réponse qu'on St à don l^iobotte. Plus irrité par ces lis, il s'avance l'épée à la main. Un de ceux qui parlaient le braoeard , laissant la charge à ses trois compagnons, vint, armé de sa grande faurche, se placer devant le héros. Don Quichotte coupe en deux la fourehe. Le paysan avec le morceau resté dans ses mains frappe le chevalier sur l'épnule , et le coup fut si bien appliqué , que notre héros
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tomba de chevîiL Le vainqueur allait redoubler, quaod Sancfao arrive bors d'haleiae , lui crie d'épatgner soa maître , ea ajoutant que c'était uQ pauvre chevalier enchanté , qui de sa vie n'avait fait malà personne. Le paysans'aperçut que don Quichotte uo remuait plus; et, croyant l'avoir tué, se mita fuir de toutes ses forces. Le curé, le chanoine, lea archers, accouraient. La procession ne douta point qu'on n'en vouidt à son image ; et les prêtres, les pénitents, s'arment de leurs disciplines, de leurs bdtoas,deleurschandelieis, pour repoussa l'assaut qu'ils attendent. Heureusement le curé de don ,Quicbot(e connaissait le curé des pénitents. Ils se parlèrent, s'expliquèrent, et les deux amée»en présence firent la paix avant le combat.
Pendant ce temps le triste Sancho embrassait le corps de son maître, étendu parterre sans mouvement. « O Qeur delà chevalerie 1 s'écriait l'écuyer en pleurs; Ole plus vaillant des héros, tué par ua coup de fourche ! Honneur de ton paya, gloire de la Manche et du monde entier, qui n'aura plus personne pour secourir les faibles ! O mon maître, mon bon maître, dont la générosité m'avait promis de payer mes services avec une lie voisine de la mer ! Je te regretterai toute ma vie, toi que j'ai toujours vu l'ennemi des méchants, le prc^eeteur des bons; fier avec les humbles , buitible avec les fiers ; en un mot, chevalier errant. »
Cettedemière parole fit itevenir don Quichotte; il rouvrit les yeux, et d'une voix faible: « O ma chère Dulcinée, dit-il, ceUii gui languit loin de vous doit s'attendre à tous les malheurs. AideiBOi, Saneho, aide-moi à me remettre sur le cbar enchanté ;la dou-
. leur que je sens à l'épaule ne me permettrait pas de remonter sur le vigoureux Rossinante. — Oui, <Hii , monsieur, reprit Sandio , retoumonsà notre village; nous laisserons passer cette mauvaise veine, etpuisnousrecommencerons plus heureusement. 'Lechanoineetlecuré vinrent aider à Saneho, prirent congé de la procession, et firent rapporter don Quichotte dans la charrette. On attela promptement les bœufs; ou paya les archers, qui
. s'en retournèrent ; le cbanobie poursuivit sa route, après avoir fait promettre au curé île lui écrire des nouvelles de la guérisoa ue don Quichotte. Celui-ci , couché sur du foin, demeura seul avec Saneho , le curé , maître Kicolas , et le patient RosBiuaDl«,
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qui, témoiD indiiléreiit de tout ce qui se passait, ue perdit jamais un instant ^D inaltérable tranquillité. Le leDdemsin, au milieu du jour , on arriva dans le village de don Quichotte. C'était un dimanche : tous les paysans, rassemblés sur la grande place, environnèrentlacliairette, reconnurent avec surprise leur compatriote , et l'accompagnèrent jusqu'à sa maison , où les petits garçons avaient déjà couru annoncer son arrivée. La gouvernante et la nièce se hâtèrent de sortir ; et voyant don Quichotte pâle et tristement couché sur du foin, se mirent à jeter des cris perçants. La femme de Sancho Pança, du pius loin qu'elle aperçut son mari, vint à lui tout essoufQée, en lui demandant si l'âne était en bonne santé. • Oui, oui, répondit l'écuyer, l'dne se porte mieux que son maître. — Dieu soit loué ! reprit Tbérèse. A présent dis-moi , mon ami , si tu as fait de honnes affaires , si *oaécuyeriB t'a beaucoup valu. Me rapportps-tu uuebellerobc, de jolis souliers pour nos entants ? Voyons , voyons tout cela. — Patience , patience , ma feoune ! tu auras le temps d'admirer tout ce que je te rapporte. — Ah ! mon pauvre ami , que j'en suis impatiente I et que je t'ai r^[retté souvent depuis un siècle (]ite lu m'as quittée ! — C'est bon , Thérèse , c'est bon; je t'ai regrettée aussi : mais il faut bien travailler à sa petite fortune. Aussi, encore un voyage comme celui que je viens de taire, et tu peux être sûre de te voir comtesse ou gouverneuse de quelque Ile! — Gouverneuse, mon ami! je ne sais pas ce que c^est, mais celadoitétrebon. — Diable! si c'est bon! je le crois; à la vérité c'est cher : avant d'être là il faut recevoir une incroyable quantité de coups de bâton ; quelquefois oiéme on est berné. A cela près , ma chère amie , c'est une très-agréable chose que lemBtierd'écuyererrant,etiet'assurequ'ily a du plaisir a courir les aventures. >
Pendant cette conversatioD, la gouvernante et la nièce avaient porté don Quichotte dans sa chambre , oti elles l'avaient mis au lit. Le curé leur recommanda d'en avoir le plus grand soin, surtout de veiller avec attention à ce qu'il ne s'en allât plus- Les pauvres filles promirent qu'elles sauraient bien l'en empêcher; mais cette promesse fut vaine : don Quichotte, à peiue guéri , leur écliappa de nouveau. Ce qu'il y a de malheureux ,
c'est que l'auteur de cette histoire , malgré les pe'ines , les soins qu'il s'est donnés pour être iostruit de cette troisième sortie, n'a jamais pu venir à bout de s'en procurer les détails. On sait seulement dans la Manche , par une tradition populaire , que don Quichotte fut à Saragosse , où l'on célébrait des joutes , ft que là notre chevalier fit des actions dignes de lui. La fin de sa vie , sa mort, le lieu de sa sépulture, seraient absolument ignorés sans un vieux médecin , qui dans les décombres d'un ermitage découvrit une caisse pleine de parchemins écrits en lettres gothiques. Sur une lame de plomb gui recouvrait cette caisse il lut des vers castillans , presque eSacés , en l'IionneDr de don Quichotte, de Rossinante, et du fidèle Sancho Fança. Ces noms fameux lui donnèrent l'espoir que les parchemins contenaient la suite des aventures du héros. U consacra des années àdéchifb^r ces vieux manuscrits. U en vint à bout: et si le public accueille avec quelque indulgence cette première partie, je ne doute pas que le médecin ne se décide à faire imprimer la seconde, qui ne sera ni moins véritable ni peut-^tre moins intéressante.
L FBEUIBBE FABTIB.
SECONDE PARTIE
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