PREFACE
U est nécessaire de rappeler au lecteur que, lorsque la première parlie de J>on Quicliotle eut paru, ua Araj^onais, qui prit le nom (l'AvBLUNEDA, fit one Buite de Son Quichotte. Cet ouvrage, sans micuoe espèce de mérite, obtint pourtant quelque succès, à cauie des injures grossières que son auteur disait à Cervantes. Celui-ci n'j répondit qu'en faisant lul-méine la seconde partie de son Do» Quichotte. Mais, justement iirité contre le plagiaire , qui, en lui votant son sujet, osait l'insulter encore, Cervantes oe perdit pas une seule occasion . dans cette seconde partie , de repousser les injures qu'il avait reçues. J'ai abrégé dans ma traduction ces fréquentes sorties contre Avellaneda, qui nous est inconnu, et ne méritait guère l'honneur que lui fait Cervantes de parler de lui si souvent.
Il parait que malgré le succès tardif qu'obtint la première partie de Don Quicholle on bl&ma Cervantes d'y avoir mêlé trop d'épisodes, et d'avoir trop multiplié les coups de bÂton que reçoit son héros. Quant au premier reprocbe,rinlérét vif et touchant qu'inspire Cardenio, Dorothée, le Captif, m'âte lecourage d'être dp l'avis des censeurs : mais j'avoue que don Quichotte est trop souvent et trop battu. Ce vante» l'a senti lui-même. Dans sa seconde partie il ménage bipn plus son héros, et ne ae permet point d'épisodes; car on oe peut donner cenomauinocesdeGamache, qui sont liées au fond du sujet, et daus lesquelles les amours de Basile et de Quilterie sont racontées si sucdnclement. Cervantes se glorifie, au commencement du trente-septième chapitre, de fournir sa longue carrière sans autres personnages que ses deux héros. Il est vrai que par tue suite de cette inattention que je lui ai déjà reprochée, et dont je trouve partout la preuve, après avoir dit qu'il s'est fait une loi de finir son ouvrage sans épisode, il commence à Barcelone l'histoire d'une Anne Félix et d'un Grégorio, captifs à Alger. l'ai supprimé totalement celle histoire, parce qu'elle ne m'a point semblé digaedes autres, et qu'après celle de Zoralde j'ai cro maladroit de retourner à Alger pour y faire un voyage bien moins heureux que le premier.
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rai supprimé de même daus le gouvernement de Sancho Favenlure de la jeune iille de don Diego deLUma, ètie coubal de doo Quichotte avec le laquais Toziioa, qui m'ont paru au moins des longueurs.
En général, j'ai plus abrégé la seconde partie que la première. Cervantes y racontemoins, et faîtparler davantage ses héros. Ces entretiens , Iradnils en entier , présenteraient sûrement des redites , toujours sauvées dansl'original par uo comique de louroures et deœots, one grioe , une ph^wononiie particulière , qai n'appartieiiuent qu'à la langue espagnole, peut-être an caractère , â l'esprit , augoàtnatio' nal. Malgré mes etTorts , je n'ose me flatter d'en avoir donné une légère idée: mais plus je me défie démon travail, pkis je d(N« avertir mes lecleors que cette seconde partie de Do» QaidwMe est , à mes feux, le cbet-d'œurre de Cerrantea, et la preuve la plus éUMuanle de la féecndité de son génie.
Quelle que soit la Eiiblesse de ma traduction , on sera sûrement frappé du prodigieux mérite d'un homme qui, après avoir amusé, iotéresaé, louché, Tait penser et rira à la fois, pendant nne premiers partie, que l'on pourrait regarder à elle seule comme un beau roman, trouve le moyen , avec les mêmes personnages , le même sujet presque épuisé, de réveiller Tattention, l'intérêt, le rire, de créer de nouvelles scènes, de refaire, pour ainsi dire, d'une manière neuve, et peut-être supérieure, un ouvage déjà excellent.