CHAPITRE U
Cet cru venaieot de la gouvernante et de la nièoe, qui, aprài avoir quitté l'entretien , voulaient emp£eher Sancbo de voir ion maître. Sancbo insistait pour entrer. ■Quedemaode ce fainéant? diflaienl les deux Biles ensemble. Retournez cbez vous , mon ami, sans venir débaucher notre maître, et le mener ensuite courir les champs.— Gouvernante du diablel répondait Sancbo, c'est bien lui qui m'a débauché , en me promettant une belle et bonne Ile , dont je n'ai pas reçu le premier sou. — Ab ! ce sont des tl«s qu'il te faut ; on t'en donnera , maudit gourmand ; c'est pour toi que les Iles sont faites I — Pour moi comme pour un autre ; je la gouvernerais mieux que vous , quoique voub en ayes bien l'âge. — Que veut dire cet impertinent ! Va gouverner ta maison, imbécile ; va labourer ton champ, paresseux, et laisse en paix les (les et noua. »
Don Quichotte, qui était accouru au bruit avec le barbier, ordonna qu'on fît entrer Sancbo. Ses deux voisins alors prirent congé de lui , et s'en allèrent , persuadés qu'il n'y avait point d'espoir de guérison. Dès que le maître et l'écuyer se virent ensemble, ils s'enfermèrent ; et don Quichotte dit à Sancbo : ■ Je suis affligé, mon ami , de t'avoir entendu dire tout à l'heure que c'était moi qui t'avais débauché ; ce terme n'est pas convenable. Nous nous sommes mis en campagne ensemble, nous avons couru la même fortune : si l'on t'a berné une fois, je n'ai pas laissé , dans cent occasions , de recevoir aussi quelques désagréments. Nous n'avons rien h nous envier, et nous devons surtout éviter de nous plaindre l'un de l'autre. Souviens-toi de cette leçon , et parlons à présent d'autre chose.
• Que dit-on de moi dans le village? Que pensent les ehevaliers, les gentilshommes . le peuple , de ma vaillance, de ma courtoisie, de mes exploits? Approuve-^on les efforts que j'ai faits pour ressusciter la chevalerie? Instruis-moi de tout, Saneho, avec la franchise d'un bon serviteur, et ne me traite point comme
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jesprïncesàqui, pour le malheurdes peuples, on déguise la vÂrité.
■ — Monsieur, répondit l'écuyer, puisque vous voulez tout savoir, je vous dirai tout sans dorer la pilule; mais il faut que vous me promettiezdenefous âeherde rien. — Je te le promets : parle librement. — Vous saurez d'abord que presque tout le monde s'aeeorde a vous regarder comme un fou , et Ton ajoute que je ne le suis guère moins : les gentilshommes se moquent de ce que vousavex pris le don, et de ce que tous tous êtes fait chevalier avec Tos deux arpents de terre. Quant h votre valeur et a vos exploits, les uns disent : Cest un fou assez agréable ; d'autres : Il est courageux, mais toujours battu ; enfin, monsieur, en totalité on nous accommode assez mal. — Tu ne m'étonnes point , Saocbo; l'envie attaqua César, Alexandre, et même don Galaôr : je m puis ma plaindre si c'est là tout- — Oui ; mais c'est que ce n'est pas tout. — Que dit-on encore ? Voyons. — Ah ! monsieur, jusqu'à préseiit je ne tous ai donné que des roses ; mais ri voni Toulez savoir le reste , j'irai tous chercher , pour vous mettre au fait, un jenne étudiant de Salamanque , le fils deBarthêJemi Carrasco, qui u'estarriTé qued'bier, et qui m'a dit une chose bien singulière; c'est qu'on a imprimé Totre bis* toire avec votre nom de don Quichotte de la Manc^. J'y suis aussi , moi , avec mon propre nom de Saneho Pança : l'on a eu soin d'y fourrer encore madame Dolcioée du Toboso. L'on yraconte des aventures , des cooversatioDS. qui ne se sont passées qu'entre nons deux , et qui me font donner an diable pour deviner comment l'historien a pu les savmr. — Je vois d'ici , mon ami , que cet historien est quelque sage enchanteur -. tu sais que ces gens-là n'ignorent rien.— Non, ce n'est pas un enchautntr, le bachelier Samson Csrrasco prétend que c'est un Maure, dont je ne me rappelle pas bien le nom. Mais je vais vous ehercber te bacbelier.—^Tu me feras plaisir, Saneho; je meurs d'impatience d'être instruit de ces détails. •
Saneho sort aussitôt pour ramener avec lui le bachelier.