CHAPITRE Xrs
On entendit tont à eonp vers le haut de la feuiliée un granrl bnritmtté décris de joie. C'étaient les villageois achevai , qui se rassemblaient en cérémonie pour aller au-devant des époux. Ceu\'Ci ne tardèrent pas à paraître , précédés d'une foule d'instruments divers, accompagnés du curé, entonrés des deui familles et des principaux habitants de tous tes villages voisins. Sam^ B'ent pas plus tôt aperçu Quitterie, qu'il s'écria : • Ma far, l'on peut dire qoe celle-là n'est pas mal mise. Je ne pense pas qu'à h' cour il y ait de plus beaux afGquets. Regardez , regardez, monsieur, le drap verr dont elle est vêtue estdu velours le plus cher ; la toile blanche qui le borde n'est rien moins que do satin ; et son collier de corail , savez-vous qu'il est garni d'or? Voyez ses mains, je vous prie; elles sont pleines de bagues, de perles, dont chacune vaut un œil de la tête. Sainte Marie ! les beaux cheveux! ils sont de coulenr de châtaigne, et traînent Jusqu'à la terre. Ia jolie taille! comme elle est fine et droite! Avec tous les bijoux qui lui pendent aux oreilles on croirait voir un palmier chaîné de dattes. > Don Quichotte rit des éloges de son écuyer, et convînt qn'après Dulcinée Quitterie était la plus belle femme qu'il ellt encore vue.
Quitterie , le visage pSIe , l'air sérieux , les yeux baissés , s'avançait, à côté de Gamache, vers une espèce d'amphilhéStre de feuillage , où le curé devait les unir. Ils étaient près d'y arriver, lorsqu'au milieu de la foute et du tumulte une voix se fait entendre derrière eux : • Arrêtez ; disait cette voix ! craigrez-vous que letemps ne TOUS manque? > Quitterie, Gamache, ceux qui les environnaieut , tournèrent aussitôt la tête. On aperçoit un
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3S9 DON QUICHOTTB.
jeune homme, vêtu d'uoe robe noire bordée de rouge, les dmeux épars, oouronnëdecyprès.etpoTlant un bâton â la main. Tout le mondereconout Basile; et tout le monde, qui Taiinait, trembla que son désespoir ne vint ensanglanter la fête. La foule s'ouvre devant lui : Basile s'avance d'un pasrapide, approche, anivfl palpitant , s'arrête non loin des époui , enfonce son bSton sur la terre.etSxant sur Quitterie des yeux égarés et farouches, il reprend haleine quelques instants.
« Écoutez-moi , dit-il eufin d'une voix rauque et tremblante , écoutez-moi, paijure Quitterie ; vous n'aurez pas longtemps à m'entendre. Je peux , sans vous, faire rougir, révéler tout haut nos secretE ; je peux vous rappeler ici que depuis que je vous aime, c'est-à-dire depuis que j'existe, jamais je ne demandai , je ne désirai rien de vous qui pût causer un moment d'alarme à votre sévère pudeur. Heureux, content de vous aimer, satisfait de la promesse que vous ne seriez qu'a Basile,je travaillais avec ardeur, avec patience, avec courage, à mériter que la fortune daignât enBn me sourire. Vous m'ahaDdoonez, Quitterie, et vous savez cependant que tant que Basile voit le jour vous nepouvez avoir un autre époux. Je vous connais trop pour n'être pas sûr que cette seule idée doit empoisonner toute votre félicité. Rassurez-vous , Quitterie , je viens dégager vos serments , vous affranchir de tout remords, vous rendre libre, indépendante, et digne de l'heureux époux que vous m'avez préféré ; je viens crier comme vous tous : Vive, vive le riche Gamache avec la belle Quitterie! et j'ajouterai seulement : Meure, meure le pauvre Basile I ■
En disant ces mots il saisit son bâton , retire un long glaive qu'il renfennait, eu place la poignée à terre, s'élance sur la pointe, et tombe dans des flots de sang. On crie, on accourt : le fer acéré Eortait de deux pieds par le dos. Basile était sans mouvement; don Quichotte le tenait dans ses bras; ses nombreux amis , en versant des larmes, essayaient de retirer le fer ; mais le curé les retint, et voulut d'abord confesser le mourant, dans la crainte qu'iln'expirât.Cederiiieraïis prévalut Basile, d'une voix étante, s'écria : < Je meurs, mes amis; ah ] du moins si Quitterie daignait, à mon dernier moment, me donner la foi d'épouse, je sens qo'a-
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loTs mou Sine, plus calme, pourrait s'ouvrir an repentir, et s'occuper de mériter le pardon de mon désespoir. ■> Le curé lui représenta qu'il ne devait plus songera Quitterie, mais se rappeler ses fautes passées, elles avouer avec piété.* Non, non, répondit Basile; Je suis incapable de rien si Quitterie ne me donne sa main , si Qnitterie ne m'appelle son époux. Avec ce titre , dont je dois jouir si peu , vous me verrez obéissant à tout <x que vous me prescrirez. >
Don Quichotte alors éleva la voix , publia ce que demandait Basile, ajoutant, avec une éloquence vive et forte, que le généreux Gamacbe devait lui-mSme se prêter au désir du moribond ; que Qnitterie, veuve de Basile, et couverte d'un crêpe funèbre, serait aussi pure , aussi chaste que Quitterie sortant de la maison paterneUe , couronnée de roses btancbes; que son bymen avec Gamache ne serait retardé que d'un instant , puisque l'autel où elle allait prononcer le serment qu'on lui demandait n'était autre chose que le tombeau de l'infortuné Basile.
Gamache, surpris, incertain, regardait cette étrange scène, et ne savait que répondre. Il cherchait ce qu'il devait faire dans les yeux de ceux qui l'enviconnaient; et tous étaient pour Basile, tons lui demandaient d'avoir compassion d'un malheureux qui n'ayant plus rien à espérer de cette vie allait encore perdre son âme. Gamache, pressé , tourmenté , dit enfin que si Quitterie consentait à ce mariage d'un montent, il ne s'y opposerait point. Aussitôt les amis de Basile volent tous vers Qnitterie, tombent à ses pieds, embrassent ses genoux, la supplient, la conjurent de donner sa main à celui qui.ne meurt que pour l'avoir aimée. Quitterie, presque sans connaissance, appuyée sur ses Kimpagnes, pouvait à peine répondre, cherchait à cacher ses pleurs, et regardait sans cesse son père, qui ne se pressait pas de s'expliquer; mais le curé l'y força. Le curé, d'une voix sévère, déclara que le triste Basile touchait h son dernier instant, et qu'il foUait se décider, ou répondre de tout h Dieu. Alors le père de Quitterie Ûl un signe de consentement; celleci l'eut à peine aperçu qu'elle vole , se précipite vers Basile , tombe à genoux, saisit sa main, la presse, la couvre de larmes, et d'un accent entrecoupé, les yeux fixés sur les yeux du mou-
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raid : • Basile, dît-«)le, Basile, neem m» main et ma foi ; je sois à vous, je TODsappaitieiu, jejwe qmjt suis votre épouse. — Ah , Qnitleriei répond-i), puis-je coopter, puis-je ttre sûr que ce que *«as faites ponr moi n'est pas l'effet de la cofDpassioaî Ne me IroiMpn-TDas pas, QaitIerie?Hépétez, répétez encore que vous m'appartenez, que je sais votre époDX, que roDB n>« doniKE rotre maJD de votre plein gré , sans nolence , sans restriction , sans aucune feinte, sans avoir égard à l'état où je suis. — Oui, oui, s'éciiaQaittNie, jesiedonneà tous, je suis votre épouse, quelque événement qui poiœe arriver, soit que j'aie l'affireuse douleur de vous Tmr mourir daoa mes bras, soit que nous passioas msendile de longues et heureuses années, — Il suffit, reprit Basile, recevez doue de nouveau ce quejevousai donné depuis si longtemps, mon eœur, mon Sme, ma foi, ma vie, et tout ee qui est en moi. Monsieur le curé , bâtez-vous de bénir notre mariage. ■
Saneho, témoin de ce qui se passait, disait en essuyant ses pleurs; • Ce pauvre jeune homme, malgré le sang qu'il a perdn, parle encore avec bien de la force..! Le hou curé, tout attendri, donna sa bénédicti<»i aux époux , en y joignant une prière à Dieu de recevoir dans sa miséricorde l'âme du nalbeureui Basile. Celui-ci n'eut pas pins tôt entendu que la eéréoionie était achevée, qu'il se relève légèrem«it , tire le fer de sa Uessure , et retombant aux pieds de Quitterie lai demande de lui pardonner ee qu'il osa tenter pour l'obtenir. Tout le ntonrie resta muet de surprise : quelques-uns, plus simples que les autres, crièrent : Miracle! miracle! «Non, répondit Basile à haute voix, pcnnt de miracle, mais adresse, mais industrie, mais ruse pcnnisei l'amour.*
Alorsil découvre à tous les yeux un Hexibie tuyau de fer-blanc qu'il avait placé de manière que le glaive dont il s'était frappé, contenu par ce tuyau , semblwt lui traverser le corps. Des vessies pleines de sang avaient été crevées du même coup. L'esprit inventif de Basile, sa dextérité, stm adresse extrême, avaieat mis tant d'art et tant de justesse dans l'apprêt, dans l'exécution, qu'il était impossible au plus soupçonneux de ne pas le croire percé de part en part et mourant de sa blessure.
L'aveu public qu'il en fit, safraDcliiae,sonair, sa grâce, l'inlérét qu'inspite un amantaimé , dominent à Basile presque tons