PARTIE I, CHAP. XXII
f te amoureux. Pour cela seul ? reprit don Quichotte ; ah 1 si les amans sont ainsi punis , depuis long-temps je devrais ramer. Je le crois, monsieur , ajouta le forçat ; mais c est que mon amour peut-être n était point comme vous l'imaginez ; j'étais amoureux d'une bourse d'or qu'un vieux avare tenait renfermée; je l'enlevai : je fus pris avec la bourse dans les mains ; il fallut employer la force pour me l'axracher, tant elle était chère à mon cœur. La justice arrangea l'affaire en me faisant donner cent coups de fouet sur les épaules, etm'en- Vojant servir trois ans dans la marine royale. Et vous , mon ami , dit don Quichotte au second , qui marchait la tête baissée avec l'air du repentir. Monsieur , répondit celui-ci , je vais aux galères pour avoir été trop franc. — Comment , trop franc ? Mais la franchise est une vertu que tout honnête homme doit ho iiorer. — Eh bien, les juges d'à présent n'ont point de honte de la punir : ils m'ont interrogé sur quelques bestiaux enlevés , m ont fait les questions les plus malhonnêtes, qu'ils ont accomj» - '•• m«-nac«'S prossiêres. Je leur
ui dit a\ — leur que c'était moi qui avait trouvé ces trou{>eau\errans danslacampagne^ tt que , par une suite de mon goût pour la vit pastoraî' ■ ' - 'vais ix'ciieillis. Cet aveu
simple et naïf m'a fait condamner à deux cents coups de fouet, et à six ans de galères.
Don Quichotte interrogea le troisième , qui lui répondit gaiement : Je suis ici , monsieur , faute de dix ducats. — J'en donnerais vingt pour vous en retirer. — Oh ! vraiment , c'est quand l'enfant est baptisé qu'il nous arrive des parrains. Si , dans le temps de mon pi'Ocès , j'avais pu faire couler un peu d'or dans la poche du rapporteur , dans l'écritoire du greflSer , je serais à présent à me divertir au milieu du Zocodover de Tolède. Mais , à la garde de Dieu I la patience vient à bout de tout. Son camarade était un vieillard dont la barbe blanche passait la poitrine ; il ne répondit à don Quichotte que par des larmes : celui qui le suivait parla pour lui.
Ce vénérable personnage , dit-il , va aux galères pour avoir adouci les tendres peines ■ des amans , en portant leurs billets doux , en j les faisant trouver ensemble ; on l'a même accusé de se servir de philtres et de se mêler de magie. Sans ce dernier article , reprit don Quichotte , je ne verrais rien que d'obligeant dans les peines qu'il se donnait en servant les amans lidèles : c'est un emploi qui demanda beaucoup de délicatesse ; on ne devrait confier qu'à des personnes sages, connues, ( ■