‹ Don Quichotte de la Manche, traduit de l'espagnolChapitre 106 sur 119 · PARTIE I, CHAP. XXIL iç · texte numérisé non relu

PARTIE I, CHAP. XXIL iç

nomiaé Ginésille de Parapilla. Monsieur le commissaire , dit alors le galérien , ne plaisantons point , s'il vous plaît , et ne parlez, pas de mes surnoms ; vous auriez trop d'avantage , car je n'oserais vous dire les vôtres. Et vous , monsit'ur le chevalier , si vous voulex nous donner çjuelque chose , dépèchei-vous , et ne perdez plus votre temps à écouter ainsi notre histoire. Quand il vous plaira de connaître la mienne , vous pourrez la lire , je l'ai écrite; et j'ose vous assurer qu'elle vous amiuera plus que la plupart de nos romans modernes. Estelle achevée ? demanda don Quichotte. — Non, puisque me voici encore; mais elle va ■depuis ma naissance jusqu'à la dernière fois que j ai été aux galères. — Celle-ci n'est donc

pas la première? Bah! j'ai déjà fait quatre

.campagnes sur mer pour le service de sa majesté catholique. Je ne suis point du tout fâché d'y retourner : en vérité il n'y a que là que l'on jouisse un peu de soi-même , que l'on ait le loisir de mettre en ordre ses idées , et de cultiver les belles-lettres. — Vous me parais- *sez liomme desprit. — Si j'étais un sot, jo "•nis heureux.

(Àlame suffit, dit don Quichotte en él«it la voix. D'après tout ce que je ,vunis <i entendre , il est clair , mes frères , qne , quoi-

que vous alliez aux galères pour le châtiment «le vos fautes , cependant vous n'y allez pas avec plaisir et de bonne volonté; d'ailleurs il n'est que trop commun que le manque d'argent , le peu de crédit , la passion ou la sottise des juges fassent condamner l'innocence. Après avoir réfléchi mûrement à votre situation , je pense que je ne puis m empêcher d'exercer à votre égard le premier des devoirs de la chevalerie, celui de secourir les opprimés. Mais , comme la sagesse prescrit d'emplojer toujours la douceur et la raison avant d'en venir à la force, j'ai l'honneur de vous prier, messieurs les commissaires et gardes, de vouloir bien ôter leurs fers à ces malheureux, et les laisser aller en paix. Dieu et la nature les ont faits libres ; personne au monde n'a droit d'attente] à cette liberté. Jamais ces pauvres gens ne vous ofFens^rent; il est peu digne de vous d'exercer les vengeances d'autrui ; laissez au Tout-puissant le soin de punir les faiblesseinséparables de l'humanité. Je vous renon velle donc ma prière, avec la politesse, nve<les égards que je vous dois ; je me plais à vous assurer de ma reconnaissance si vous m 'm cordez ce que je demande ; si vous vous y n fusez, j'aurai bien du regret, messieurs, d 'et k forcé de vous y contraindre.

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