I. iS
coup aimé les lettres d'amour. Don Quichotte lut celte lettre :
« Ne craignez rien^ vous apprendrez ma a mort avant d'avoir entendu mes plaintes. « Vous avez trahi vos sermens , vous ave? « préféi'é de vils trésors à mon amour, à votre « foi , à vos devoirs les plus saints. Je voyais (( en vous réunies toutes les vertus , toutes les « perfections; et je n'y vois plus de vous- « même que votre seule beauté. Adieu : pùis- « siez-vous ignorer toujours les perfidies de « votre époux! puissiez -vous ne pas vous « repentir d'un choix si peu digne de votre « cœur!
« Vous avez fait mon malheur éternel.; je u fais des vœux pour votre repos. »
La lettre ne nous instruit pas plus que vers , dit don Quichotte. Et feuilletant encovi les tablettes , il trouva d'autres poésies , d'autres billets qui n'exprimaient que des plaintes,; des reproches amoureux. Pendant ce temps Sancho visitait une seconde fois la vali'-'sans laisser la moindre poche, un seul reco une couture, où sa main ne passât et ne n passât; tant les écus d'or, qui se montaiioi. plus de cent, l'avaient mis en goût d'en et;
PARTIE I, CHAP. XXIIÏ. 207 cher encore I Malheuieusement il n'en trouva plusj mais, en regardant son trésor, il se crut amplement pajé des coups de bâton qu'il avait reçus, de la mauvaise nuit de l'hôtellerie , et du baume de Fier-à-bras, et d'avoir été berné , et même d'avoir perdu son âne. Le chevalier de la Triste Figure ne songeait qu'au maître de la valise; et, d'après la lettre, les vers , les écus d or , le beau linge, il concluait que ce devait être quelque jeune seigneur amoureux que les rigueurs de sa maîtresse avaient réduit au désespoir. Personne dans ces lieux déserts ne pouvant lui donner d'autres informations , il résolut de parcourir ces montagnes jusqu'à ce qu'il eût découvert cet amant infortuné.
Dans ce dessein , notre héros s'était déjà iiiis en marche , lorsqu'il aperçut sur une colline un homme qui sautait de rochers en rochers avec une extrême légèreté. Cet homme était vêtu de lambeaux; sa barbe était noire, lisse; sa longue chevelare en désordre retombait sur son visage; il portait des chausses presque en pièces , qui semblitieat avoir été de velcurs chamois ; ses jambes , ses pieds lient nus. Malgré la rapidité de sa course, Il Quichotte lit toutes ce» remarques; et, niaginant qur r était le maître de la valise,
ao8 DON QUICHOTTE.
il l'aurait suivi sur-le-champ, si Rossinante> qui, même dans les beaux chemins, ne se souciait guère d'aller vite , n'eût refusé de marcher à travers les cailloux et les rocs. Notre héros dit à son écuyer de courir après cet homme ; mais Sancho lui déclara qu'il ne pouvait s'éloigner , parce qu'aussitôt qu'il étai t sans son maîti'e la frajeur lui glaçait le sang. D'ailleurs, monsieur, ajouta-t-il , pourquoi chercher avec tant de soiu le possesseur de cette valise? si nous le trouvions, il faudrait lui rendre ses écus d'or; et je ne vois point du tout que cela presse. Dans ce moment ils arrivèrent à un ruisseau, sur le boid duquel était une mule morte, à demi mangée des corbeauv; elle avait encore sa selle et sa bride. Un vieux pâtre , qui vint à paraître sur le sommet de la montagne , se mît à siilkr pour rassembler ses chèvres. Don Quichotte l'aperçut , et lui cria de vouloir bien descendre. Le vieux pâtre vint à sa voix.
Je gage , dit-il en arrivant, que vous désirer savoir poui-quoi cette mule est là : il y a six mois qu'elle n'en a bougé. Vous avez dû rencontrer son maître. INon , répondit don Quichotte; nous avons seulement trouvé près d'ici une valise au milieu du chemin. Il y a longtemps que je l'ai vue , reprit le chevrier ; m;<is