PARTIE I, CHAP. XXIII. ao
maison , toi qui ne m'as pas quitté d'un instant , et dont l'enfance et la jeunesse me coûtèrent de si tendres soins , je ne te verrai donc plus î je t'ai donc perdu pour jamais! Eh! comment oser revenir sans toi dans 1 asile où nous vivions ensemble ? comment oser reparaîti-e devant ma femme , dont tu étais le favori ; mes enfans , dont tu faisais la joie ; mes voisins , qui te regardaient tous d'un œil d'envie? O mon âne , mon âne chéri ! sans toi la vie ne m'est plus rien : Hélas! toi seul la soutenais, puisqu'avec vingt-six maravédis que tu gagnais chaque jour tu payais presque ma dépense. Ah je n'en aurai plus besoin; je t'ai perdu, je vais mourir.
Don Quichotte , éveillé par ces plaintes , consola Sancho de son mieux , lui fit un beau discours moral sur les accidens de la vie; mais il ne put essuyer ses lai-mes qu'en lui promettant de lui donner trois ànons de cinq qu'il avait chez lui.
L'écujcr, encore sanglotant, remercia son maiti-e de sa bonté , puis se mit à le suivre tristiMnent ipiod , portant le sac de provisions, qu'il avait encore heureusement sauvé , et «iont il tirait queH|ue> bribes en poussant de . soupirs. Don Quichotte marchait au pas , ...(.,.,.„;► ,î.. |,|,,^ ,.„ plus «l.ins I-» ""^-
2o4 DON QUICHOTTE.
tagne , en se réjouissant de ne voir autour de lui que des rochers, des déserts, et se rappelant avec délices tout ce qui était arrivé aux chevaliers dans de pareilles solitudes. Tout à coup Sancho l'aperçoit soulevant avec la pointe de sa lance une valise à demi pourrie , restée au milieu du chemin. L'écujer accourut pour l'aider à lever cette valise; et, comme elle était déchirée, il en tire, malgré la chaîne et le cadenas qui la fermait , quatre chemises de toile de Hollande, d'autre linge extrême ment fin , avec un mouchoir plié, dans lequel Sancho découvrit un assez gros monceau d'écus d'oi-. — Ah! héni soit Dieu! s''écria-t-il : enfin voici une aventure comme je les aimr En disant ces mot« , et sans s'amuser acompte les écus, il visita de nouveau la valise; mai^ il n'y trouva plus lien que des tablettes richement garnies. Don Quichotte se réserva ces -> tablettes , en abandonnant les écus à Sancho , qui vint lui baiser la main , et serra tout ce qu'il avait pris.
Ami, lui dit notre héros, ceci appartenait sans doute à quelque malheureux voyageur que des voleurs auront assassiné. Non , monsieur, répondit Sancho, lesf^oleurs n'auraient pas laissé ces beaux écus d'or qui sont dan ma poche. — Tu as raison. Je ne devine point
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On nous dit que l'espoir soutient seul la constance ,
Qu'il est nécessaire à l'amour :
Philie , ma paision augmente chaque jour,
Et ue connaît point l'espéTance.
A.L ! si jamais pourtant, sensible à mon ardeur, V^ous pouviez... Pardonnez aux rêves de' mon cœur.
Non . non . à ce bonheur suprême Votre timide am:mt n'élève point ses vœux :
Philis, souffrez que je vous aime.
Et je me trouve encore heureux.
Ces vers ne nous apprennent rien , dit don [Juicbotte ; mais je puis t'assurer qu'ils ne sont point mal faits. Vous vous connaissez donc tn vers ? répondit Sancho. — Plus que tu ne 2rois, mon ami; et tu n'en douteras point lorsque je te donnerai une lettre en vers pour tnadame Dulcinée. Les chevaliers errans d'autrefois étaient tous poètes et musiciens : l'amour seul donne ces talens. Voyez donc encore, oionsieur, si vous ne trouverez pas (juclque autre chose dans les tablettes. Don Quichotte tourna la feuille. Voici de la prose, dit-il ; c'est, je crois, une lettre d'amour. Ah! ah! récria Sancho , qui était de bonne humeur, lisez-la-moi , je vous prie; j'ai toujours beau-