PARTIE ï, CHAP. III
Pressé de commencer la veille des armes , il alla chercher les siennes , qu'il vint porter au milieu de la cour sur une auge près du puits. Il prit seulement son écu , sa lance , et se mit à se promener en long et en large devant Tauge. La lune au plus haut de son cours brillait dans un ciel sans nuage. Les habitans de l'auberge , à qui l'hôte avait raconté les folies du chevalier, vinrent le contempler de loin. Don Quichotte , sans y prendre garde , continuait sa promenade, s'appujait de temps en temps sur sa lance , et regardait fixement les armps , affectant toujours une contenance •aussi tranquille que fière.
11 arriva qu'un des muletiers logés dans l'hôtellerie voulut donner à boire à ses mulets , et s'en vint pour débarrasser l'auge. Don Quichotte , le voyant approcher, lui cria d'une Toix terrible : Qui que tu sois, présomptueux chevalier, tremble de toucher à ces armes ; elles appartiennent au plus vaillant de tons ceux qui ont ceint l'épée; ta mort expierait ton audace. Le malheureux muletier , écoutant peu le héros , prit les armes et les jeta loin de lui. Don Quichotte alors levant les yeux au ciel ( t s'adressant à Dulcinée : O darae de mon cœur,
cria*t-il^ n'abandonnez pas dans ce premier «langer le chevaliervotre esclave , et que votre