‹ Don Quichotte de la Manche, traduit de l'espagnolChapitre 22 sur 119 · PARTIE I, CHAP. IV. 4i · texte numérisé non relu

PARTIE I, CHAP. IV. 4i

d'ordre de chevalerie ; c'est Juan Haldudo le riche , qui demeure près du Quintanar. Qu'importe ? ajouta don Quichotte ; il peut y avoir des Haldudo chevaliers; d'ailleurs chacun est fils de ses œuvres. Ah I de quelles œuvi'es est-il fils , s'écria tristement André , lui qui me refuse mon dû , le prix de mon travail et de mes sueurs.! Je suis loin de vous^le refuser , mon frère , dit alors le laboureur , ajez la bonté de m'accompagner , et je vous jure , par tous les ordres de chevalerie possibles , que vous recevrez plus que vous ne demandez. Je vous dispense du plus , interrompit don Quichotte , je ne vous demande que d'être plus exact. Prenez-y garde , je vous le conseille ; autrement je saurai bien vous retrouver , fussiezvous caché comme le lézard. Il est juste que vous connaissiez celui qui vous donne cet ordre. Apprenez donc , pour mieux obéir , que je suis le valeureux don Quichotte de la Manche , celui qui venge les injures , et qui redresse les torts. Adieu; pensez à vos sermens« En achevant ces mots il part , et s'éloigne.

Le laboureur le suivit des yeux ; et lors- • ju'il l'eut perdu de vue : Mou fils, dit-il à «on valet, venez un peu, je vous prie; il me tarde de vous payer ce que je vous dois , comme ce redresseur de torts me l'a prescrit. Vous ferez

fort bien , répondit André ; car si vous manquiez à votre parole , ce bon et digne chevalier , que Dieu conserve ! saurait vous la faire tenir. Sans doute, reprit le laboureur; mais, pour augmenter le paiement , je suis bien aise d'augmenter la dette. Aussitôt il saisit le berger , l'attache une seconde fois au chêne , et le fustige beaucoup plus fort qu'auparavant. Seigneur André , lui dit -il ensuite , appelez donc le redresseur de torts , nous verrons comme il s'y prendra pour l'edresser celui-ci. Alors il détache André, qui jurait en sanglotant d'aller chercher don Quichotte , pour lui conter de point en point tout ce qui venait d'arriver. Le laboureur le lui permit; et , l'un pleurant , l'autre riant , ils se séparèi'ent ainsi. Pendant ce temps , notre héros , tout fier d'avoir si bien réparé une iniquité criante , continuait son chemin en s'applaudissant tout seul des heureux commencemens de sa glo*rieuse carrière. Rends grâce à ta destinée , disait-il à demi-voix , ô la plus belle des belles , Dulcinée du Toboso! jouis, jouis du bonheur d avoir dans ta dépendance cet invincible chevalier,qui , n'ajant ceint l'épée qu'hier , comme l'univers le sait, a donné ce matin au monde une leçon de justice, a protégé la faiblesse contre la force qui l'opprimait, a sauvé des

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