‹ Don Quichotte de la Manche, traduit de l'espagnolChapitre 34 sur 119 · PARTIE I, CHAP. VII · texte numérisé non relu

PARTIE I, CHAP. VII

main , criant toujours de plus belle , et donnant de gi'ands coups à di'oite et à gauche. On parvint à s'emparer de lui , à le remettre sur son lit. Notre héros , se tournant alors vers le curé : Certes, dit-il , seigneur archevêque Turpin, c'est une assez grande honte que tout ce que nous sommes ici des douze pairs abandonnions lâchement aux chevaliers de la cour le prix du tournoi qui , depuis trois soleils , ne s'est soutenu que par notre vaillance. Que voulez -vous, mon cher voisin? répondit le curé ; il faut se soumettre : Dieu permettra peut-être que la chance tourne ; et ce qui se perd aujourd hui peut se regagner demain. Ne pensons qu'à votre santé ; vous êtes siirement fort las , peut-être même blessé. Blessé ? non, reprit don Quichotte; à la vérité un peu moulu , parce que ce bâtard de Roland , furieux de ce que j'étais le seul qui lui disputais la victoire , m'a frappé long-temps avec un tronc de chêne. Mais je consens à j>erdre mon nom de Renaud de Montauban , si dès que je serai debout il ne me le paj'c bien cher , malgré ses enchantemens. Pour l'heure , je n'ai besoin que de manger. On lui bervit à dîner ; il se ' "dormit aussitôt après.

' a gouvernante profita de son somœeilpour 1er tous les volumes jetés dans la cour.

6o DON QUICHOTTE.

Le curé et le barbier, voulant couper jusqu'à la racine du mal , firent murer sur-le-champ la porte du cabinet des livies , en recommandant à la nièce de dire à son oncle , quand il le? chercheiait , qu'un enchanteur les avait enlevas. En effet, deux jours après , don Quichotte , parfaitement rétabli , n'eut rien âe. plus pressé que d'aller à sa bibliothèque. N'en retrouvant plus la porte , il la cherchait de tous ses yeux, allait et venait, tâtait, letâtait avec ses mains, et s'arrêtait toujours à l'en- droit où jadis était cette porte. Enfin , après 1 un long silence , il demanda à sa gouvernante :> de lui indiquer son cabinet de livres. Quel cabinet? répond-elle : il n'y a plus ni livres ni cabinet , le diable a tout emporté. Ce n'est pas le diable , intenompt la nièce ; mais un enchanteur qui vint ici pendant votre absence, monté sur un grand dragon. Il entra dans la bibliothèque; j'ignore ce qu'il j fit. Au bout de quelques instans , il ressortit par le toit , laissant la maison pleine de fumée. Nous courûmes vite pour voir ce qu'il était venu faire , nous ne trouvâmes plus de cabinet. Je me rappelle seulement , et la gouvernante doit s'en souvenir aussi , que ce méchant vieillard nous dit , en s'en allant , qu'il avait voulu se venger du maître de la maison qu'il haïssait

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