PARTIE I, CHAP. X. 8i
tez , lui dit l'écujer , je pense qu'il serait prudent de nous retirer dans quelque église. Vous avez laissé bien malade celui que vous avez combattu ; si la sainte Hermandad en a connaissance , elle commencera par nous conduire en prison. Une fois là, Dieu sait quand on en sort. Eh ! où as-tu vu , reprend don Quichotte , où as-tu jamais lu qu'un chevalier errant ait été mis en justice pour avoir envx>yé ses ennemis dans le Tartare ? — Monsieur , je ne connais pas le Tartare, mais je connais la pri- .son , et je sais que la sainte Hermandad y envoie ceux qui se battent en duel. — Ne crains rien , ami , ne crains rien ; si l'Hermandad m'attaquait , c'est moi qui la ferais captive. Mais répoçids sans flatterie , as-tu vu sur la terre habitable un chevalier plus vaillant que moi ? As-tu trouvé dans les histoires que tu as lues quelqu'un plus ardent à l'attaque, plus opiniâtre daas la défense , plus adroit en parant le» coups , plus vigoureux en les frappant ? — Ma foi , je vous dirai , monsieur, que je n'ai pas beaucoup lu d'histoires , parce que je ne sais ni lire ni écrire; mais je gagerais bien que jamais je n'ai servi un maître ausiii hardi que MIS. Prions Dieu seulement que cette hardiesse ne nous mène pas où je disais. Pour le présent , votre seigneurie devrait panser son
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oreille , d'où il sort beaucoup de sang. J ai dans le bissac un peu de charpie avec de l'onguent blanc, que je vais vous donner. — Ah ! mon ami, si j'avais songé à faire une petite fiole du baume de Fier-à-bras , nous n'aurions besoin d'aucun remède. — Qu'est-ce que cette drogue-là? — C'est un baume dont j'ai la recette , avec lequel on se moque des blessures et de la mort. Quand une fois je l'aurai fait, Sancho , et que je t'aurai donné la fiole , si tu me vois , dans un combat , coupé par le milieu du corps, ce qui nous ari-ive presque tous les jouis, tu n'as qu'à ramasser promptement la moitié qui sera par terre , la rapprocher , avant que le sang se fjge , de l'autre moitié restée sur la selle, en prenant garde de les bien ajuster ensemble ; après cela , tu me feras boire seulement deux doigts de mon baume, et tu me verras frais et sain comme une pomme de reinette. — Si cela est , monsieur ^ je renoijce dès ce moment au gouvernement de l'île , et je ne vous demande pour récompense de mes services que la recette de ce baume -là. Je suis toujours sur de^e vendi;e trois ou quatre réaux l'once , et cela me suffira pour passer ma vie honorablement. Il s'agit de savoir s'il coule beaucoup à faire. — Avec moins de trois réaux on en a plus de six pintes. — Et, mardi! qu'a»-