PARTIE I, CHAP. XV. i2i
TOoiadre : part de notre disgrâce. — Pardi i c'était juste ; n'est-il pas aussi chevalier errant ? Ce qui me f^t plaisir, c'est que mon âne s'en est tiré sanJ qu'il lui ^n coûte un seul poil. — La fortune, comme tu vois, laisse toujours une ressource dans les malheurs^ Au défaut de Rossinante , ton âne pourra me porter dans quelque château où l'on pansera mes blessures , et je ne tiendrai point à -déshonneur
tte monture; car je me rappelle avoir lu que le nourricier de Bacchus , le bon Silène . fit son entrée dans, la ville aux cent portes monté sur le plus bel âne du monde. — Ce monsieur Silène pouvait apparemment s'y tenir droit; mais je doute que vous puissiez «lier autrement que de travers et placé comme
I sac de blé. — Nous irons comme nous pourrons , Sancho ; il est toujours honorable de revenir blessé d'un combat. Lève-toi-donc ,
iiène ton âne , et sortons de ces déserts avant
nuit.
Le pauvre écuyer fit alors un effort pour
I itter la terre ; et , poussant plus de cent soupirs , autant de ouf, autant de ate, entremêlés de malédictions contre celui qui l'avait mené I I , il parvint à se mettre sur ses pieds , restant
moitié chemin , courbé comme un arc de I tirquic. Dans cette position, il marcha vers I. 1 1
son âne , qui , seul heureux de l'aventui-e, s'en donnait à plaisir dans le pré. De là, le triste Sancho s'en i-evint à Rossinante , à qui la parole seule manquait pour se plaindre autant que son maitre. L'écujer parvint à le relever; ensuite il plaça don Quichotte sur l'âne , atta cha Rossinante à la queue^ et , prenant à sa , main le licou , s'achemina vers la grande route. / Au bout d'une petite lieue , ils découvrirent '(\ une hôtelleiie , que notre héros , selon sa cou tume, ne manqua pas de prendre pour un châtearu. L'écujer avait beau répéter que ce n'était qu'une auberge , le maître soutenait son dire \ et la dispute durait encore lorsque Sancho entra sous la porte avec son petit convoi.